mercredi 29 avril 2026

2e ÉDITION DU PWC CEO SURVEY, INDUSTRIE, IA, ET ÉNERGIE Croissance, innovation, souveraineté : priorités affirmées des entreprises algériennes

Quatre panels structurants ont rythmé les débats : énergie et mines, souveraineté numérique, souveraineté sanitaire et climat des investissements. Une architecture qui reflète, à elle seule, les priorités stratégiques du pays à l’horizon 2030.

Le Centre international des conférences Abdellatif Rahal a été, hier, le théâtre d’une intense effervescence intellectuelle et stratégique. À l’occasion de la deuxième édition du PwC CEO Survey, hauts responsables de l’État, dirigeants d’entreprises et experts ont croisé leurs visions autour d’un mot d’ordre devenu central : bâtir une économie souveraine, résiliente et tournée vers l’avenir. Dans les allées feutrées du CIC, les échanges se sont enchaînés, portés par une ambition commune. Celle de transformer les atouts de l’Algérie en leviers de puissance durable.

Dès l’ouverture, le ton est donné. Placée sous le thème « Souveraineté et résilience : une nouvelle trajectoire économique pour l’Algérie », cette édition a permis de disséquer, sans détour, les grands chantiers en cours. Quatre panels structurants ont rythmé les débats : énergie et mines, souveraineté numérique, souveraineté sanitaire et climat des investissements. Une architecture qui reflète, à elle seule, les priorités stratégiques du pays à l’horizon 2030. Intervenant lors du panel consacré à l’énergie et aux mines, le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a livré une lecture lucide des mutations géopolitiques en cours. Loin d’annoncer une rupture, ces transformations traduisent, selon lui, un rééquilibrage des marchés où la sécurité des approvisionnements devient un impératif cardinal.

Dans ce contexte, l’Algérie avance ses pions avec méthode. Forte de réserves importantes et d’infrastructures solides, notamment ses gazoducs reliant l’Europe, elle consolide sa position de partenaire fiable. La stratégie est claire : renforcer les partenariats existants tout en diversifiant progressivement les débouchés, notamment via le développement du gaz naturel liquéfié. À cela s’ajoutent des projets structurants, à l’image du gazoduc transsaharien, appelés à redessiner la carte énergétique régionale. Mais au-delà des volumes, c’est la qualité de l’offre qui évolue. Arkab a insisté sur l’intégration croissante des exigences environnementales : réduction du torchage, baisse des émissions de méthane et intégration de solutions bas carbone. Une mutation qui témoigne d’une volonté d’inscrire la performance énergétique dans une logique durable. La dynamique enclenchée ne se limite pas aux hydrocarbures. La création d’un secrétariat d’État dédié aux Énergies renouvelables a été saluée comme une décision structurante. Objectif affiché : atteindre 15 000 MW d’ici 2035. Déjà, 3 200 MW sont en cours de réalisation, et le mix énergétique national devrait dépasser les 15 % dès la fin de l’année, un niveau inédit sur le continent africain. Au cœur de cette transition, l’efficacité énergétique s’impose comme un chantier transversal. Industrie, bâtiment, transport : tous les secteurs sont appelés à contribuer à cet effort collectif, dans une approche désormais multisectorielle.

Autre axe majeur : la souveraineté numérique. Interpellée sur la question du cloud algérien, la haute commissaire Meriem Benmiloud a rappelé un principe fondamental : « Sans données, pas d’intelligence artificielle ». L’Algérie a, selon elle, déjà franchi une première étape en structurant un gisement informationnel et en déployant les premières briques d’une infrastructure dédiée. Le pays s’apprête désormais à entrer dans une phase décisive : celle de l’intégration de l’IA dans les politiques publiques et les secteurs économiques. Quinze secteurs publics bénéficient déjà du cloud souverain de l’État, preuve que la transformation est en marche. Pour réussir ce virage, les intervenants ont souligné l’intérêt de s’inspirer des modèles chinois, européen et américain, tout en construisant une voie propre, adaptée aux réalités nationales.

Dans le prolongement de ces débats, les secteurs industriels et miniers ont été présentés comme des piliers de la diversification économique. La filière phosphate, entièrement financée par des capitaux nationaux, illustre cette logique d’intégration, de l’extraction à la transformation. Même dynamique du côté de la sidérurgie. Le groupe Tosyali a mis en avant les avancées spectaculaires de la production nationale, désormais capable de rivaliser sur les standards internationaux, notamment pour l’industrie automobile et l’électroménager. Dès septembre prochain, l’Algérie devrait produire l’ensemble des gammes d’acier, marquant une étape décisive vers l’autosuffisance. Parallèlement, le secteur pharmaceutique continue de renforcer sa position, couvrant une large part des besoins nationaux tout en s’ouvrant à l’export. L’agroalimentaire suit la même trajectoire, confirmant une montée en gamme progressive. Ces avancées ne sont pas le fruit du hasard. Elles s’appuient sur une série de réformes engagées ces dernières années : nouveau code de l’investissement, fiscalité incitative, simplification administrative et digitalisation des procédures. Autant de leviers destinés à améliorer l’attractivité du pays et à encourager l’initiative privée.

Mohammed Bessaïah