samedi 29 novembre 2025
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Alain Souchon réenregistre ses plus grands succès au « Studio Saint-Germain »

Alain Souchon, 81 ans, s’est entouré de ses fils, Ours et Pierre, pour réenregistrer certains de ses plus grands succès au Studio Saint-Germain en version acoustique. De « J’ai dix ans » à « Quand j’serai KO », un passage de flambeau tendre et épuré.

Il y a un plaisir certain et un côté mutin sur cet album. L’ouvrir avec « J’ai dix ans », à la guitare, en est une jolie illustration. La voix d’Alain Souchon n’a guère changé, quoiqu’un peu plus fragile que jadis. Mais le chanteur n’ayant jamais voulu jouer dans la cour de ceux qui aiment faire des démonstrations de force, ce n’est pas un problème. Et l’acoustique (piano, voix et guitares) lui sied à merveille.

On retrouve « Le Baiser », romantique et épuré, presque a cappella par instants. La chanson « La beauté d’Ava Gardner » se pare d’un charme suranné qui convient encore mieux que l’orchestration originale à cet éloge de la douceur et de la vulnérabilité masculine.

Vulnérabilité encore sur « La ballade de Jim » initialement sorti en 1985, qui raconte la tentative de suicide ratée d’un amant éconduit. Les voix remplacent à merveille les synthétiseurs des années quatre-vingt, le piano assure le tempo. Quant à « S’asseoir par terre » (1976), apologie du lâcher-prise, la présence, toujours discrète, des fils Souchon lui confère une douceur fraternelle.

La solidarité et l’engagement d’Alain Souchon s’expriment avec force et solennité dans une nouvelle version de « C’est déjà ça » où il se met dans la peau d’un Soudanais réfugié à Paris. Quant à la mythique « Foule sentimentale », samplée il y a peu par Gims qui n’en a gardé que la mélodie et le mot « sentimental », on a grand plaisir à la retrouver ici par son créateur.  Tout comme « L’amour en fuite », inspirée par le film éponyme de François Truffaut.  Être ainsi ramenée à l’épure lui confère une tendresse, qui rappelle que les ruptures et les chagrins d’amour n’ont pas d’âge et les rêves non plus.

Des titres moins connus

Dans un registre plus léger, le chanteur reprend « L’amour à la machine » avec Ours et Pierre Souchon. La guitare sèche est fiévreuse, les voix en harmonie. Il y a des rires, la voix d’un de ses fils qui incite Alain Souchon à commencer « La vie ne vaut rien » (2001) qu’il s’amuse à théâtraliser davantage que dans sa version originale. « Et si en plus y’a personne », grande interrogation sur l’existence de Dieu, n’a quant à elle rien perdu de sa gravité originelle, que le piano renforce.

Si le disque fait la part belle aux chansons les plus célèbres d’Alain Souchon, on y écoute aussi avec plaisir des petites pépites, plus confidentielles. Comme « Comédie », dont on se dit qu’elle n’avait pas eu le succès qu’elle mérite. On découvre aussi « À quoi tu penses ? » leur première chanson écrite et composée tous trois. « Les premières rumbas la nuit. Un dernier tango à Paris. Est-ce qu’un jour c’est fini ? » y chantent-ils avec la tendresse, caractéristique de ce Studio Saint-Germain, qui donne l’impression de pénétrer dans l’intimité du chanteur.  L’une des grandes qualités de ce disque tient aussi dans le plaisir, que l’on imagine grand, qu’ils semblent avoir pris à réaliser ce disque à six mains. Une promenade familiale sans artifice.

Alain Souchon Studio Saint-Germain (Parlophone) 2025

M. B.