Léon XIV est arrivé dimanche 30 novembre à Beyrouth où il est attendu avec un message de paix, a constaté un journaliste de l’AFP à bord de l’avion papal. Le pape doit rencontrer le président Joseph Aoun et prononcer en fin d’après-midi un discours devant les autorités et le corps diplomatique au palais présidentiel. Léon XIV arrive dans un Liban empêtré dans des crises multiples et qui peine à se relever de la dernière guerre avec Israël, il y a un an. Dans sa première prise de parole, le pape a appelé les Libanais à « rester » dans leur pays et appelé à la « réconciliation ».
Le pape Léon XIV a donné sa première allocution devant les dirigeants officiels, des membres de la classe politique, des chefs religieux des différentes communautés et des représentants de la société civile. Il a lancé, à cette occasion, un vibrant appel à la paix.
Le mot « paix » est revenu à 27 reprises dans le discours du pape, qui a appelé les Libanais à rester attachés à leur terre et à leur pays malgré les circonstances difficiles qu’ils traversent. La paix est nécessaire pour encourager les jeunes à rester au Liban, elle est une condition inévitable pour construire « un avenir stable », a-t-il martelé. Les mots « fraternité », « réconciliation », « persévérance », « culture de la paix » étaient au cœur de l’allocution papale.
Les paroles de Léon XIV ont fait écho à l’allocution prononcée quelques minutes plus tôt par Joseph Aoun. Le président Libanais a appelé « l‘humanité (à) préserve(r) le Liban, pour préserver la coexistence », soulignant la « singularité » du pays du cèdre « unique dans son système pluri-confessionnel, où chrétiens et musulmans vivent égaux en droits ».
Les menaces d’une reprise de la guerre s’intensifient
Une foule dense et multiconfessionnelle a accueilli le pape sous une pluie battante ce 30 novembre. La foule était particulièrement nombreuse dans la banlieue sud de Beyrouth où des portraits de Léon XIV étaient brandis aux côtés de ceux de l’ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Des scouts de l’imam Mahdi, affiliés au parti chiite, ont battu le tambour au passage du convoi papal.
Au palais présidentiel, un accueil traditionnel a été réservé au souverain pontife. Au programme : parade de chevaux, jets de riz et lancé de fleurs, Dabké, la danse folklorique libanaise. Léon XIV a eu de courts apartés avec le chef de l’État Joseph Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam et le président du Parlement Nabih Berry.
Le pape est arrivé à Beyrouth à un moment où les menaces israéliennes d’une reprise de la guerre s’intensifient avec en filigrane l’épineuse question du désarmement du Hezbollah. Les dirigeants, la classe politique et la population prennent très au sérieux ces menaces, amplifiées par les mises en gardes des émissaires américains et européens et des diplomates en poste à Beyrouth. Les pressions diplomatiques pour un désarmement « total » et « rapide » du Hezbollah s’accentuent parallèlement à une escalade militaire israélienne sur le terrain.
Les dirigeants libanais n’ont réussi à obtenir aucune concession de la part des Américains, pour encourager le Hezbollah à modérer ses positions. Israëlrefuse de se retirer des zones qu’il occupe encore au sud du Liban et n’a pas donné de suite aux appels du président libanais à des négociations.
Les dirigeants sont conscients que l’utilisation de la force pour désarmer le Hezbollahrisque de menacer la cohésion de l’armée libanaise et de plonger le pays dans une guerre civile.
Difficultés économiques et sociales
Les effets de la crise économique se font encore sentir cinq ans après. Les dépôts bancaires gelés au début de la crise n’ont toujours pas été rendus. Les services sociaux de base font défaut. Le pouvoir d’achat ne s’est pas amélioré, l’inflation n’a pas été stoppée, les retraites sont dérisoires et les réformes promises n’ont pas été adoptées.
Aucune aide internationale substantielle n’est parvenue au Liban qui a vu son PIB divisé en deux ces cinq dernières années. C’est dans ce pays meurtri et à genou queLéon XIV veut diffuser son message de paix et d’espoir.
« II s’agira peut-être d’une vérité sur l’homme, sur chacun d’entre nous. Qu’ils nous remettent sur le chemin de l’humain, de ce que nous sommes réellement. Qu’ils nous aident à sortir du déni dans lequel nous sommes en train de vivre, pour que nous puissions regarder la réalité en face. Comprendre que de ce qu’elle a toujours dit, le pape François aussi, que la guerre ne peut pas porter à quelque chose de bon et que nous devons créer ensemble de nouveaux chemins de paix, et que cette visite du Pape nous fasse sortir de cette impasse dans laquelle nous sommes. La violence nous a amenés à une impasse de laquelle il est difficile de sortir, mais dont nous avons tous besoin de sortir. Je pense que nous tous, nous sommes dans une impasse. Aujourd’hui, Israël est dans une impasse. Hezbollah dans une impasse. Gaza dans une impasse. La Syrie dans une impasse. Les partis politiques dans une impasse. Le monde entier, même du point de vue économique, est dans une impasse. Je pense que seule une parole sensée, raisonnable, pleine de foi, le pape Léon pourrait lui seul apporter cette parole, et nous espérons qu’il puisse vraiment l’apporter d’une façon qui soit assez forte pour que même les sourds l’entendent. »
Dans le quartier populaire de Sinn el-Fil. La crise économique continue de briser des vies au quotidien. Ici, l’association Libami aide près de 600 familles à scolariser leurs enfants et distribue des repas chauds aux plus démunis. La présidente Nohad Azzi espère que la visite du pape réveillera les consciences, explique-t-elle.
P. K.
INTERFIL ALGERIE Soyez le premier informé