À travers Zmig, le rappeur-chanteur franco-algérien Danyl met en musique une quête d’identité nourrie de ses racines et de son quotidien, affirmant une double appartenance qu’il refuse de hiérarchiser. Un album aussi intime qu’engagé, résolument sensible, à l’image de son auteur.
Danyl s’impose comme un passeur, à la croisée des influences et des héritages. À 27 ans, l’artiste, né de parents berbères et sahraouis, trace une trajectoire singulière entre rap, pop et musiques maghrébines. Avec Zmig, son premier album, il se livre sans détour sur ses galères et son intimité, racontant surtout son cheminement de Franco-Algérien dans un pays toujours marqué par le racisme. Un projet à la fois puissant et traversé par une grande vulnérabilité, porté par des compositions mêlant électro, pop, r’n’b, raï et chaâbi.
Né dans le Val-de-Marne, Danyl Boudali grandit principalement dans le XIIIe arrondissement de Paris. À la maison, les disques de Cheb Hasni côtoient la pop française, tandis que Diam’s, Drake et le 113 accompagnent ses premières écoutes rap. Vingt ans plus tard, c’est d’ailleurs Rim’K qui l’invite sur scène pour reprendre le mythique « Tonton du bled » lors de la cérémonie des Flammes.
Dans cet environnement musical foisonnant, Danyl forge peu à peu son langage musical métissé. Initié au piano dès l’âge de six ans par sa mère, il se détourne rapidement de l’apprentissage académique avant de renouer avec l’instrument en composant ses propres morceaux. De la production au rap, la création s’impose comme une évidence, « presque une urgence », jusqu’à le pousser à abandonner ses études pour se consacrer pleinement à la musique.
À ses débuts, Danyl se montre débrouillard – jonglant entre la vente de productions et les cours de piano – tandis qu’un voyage humanitaire au Pérou lui confirme son envie d’aider autrui. Inspiré par des artistes comme Zamdane et son concert pour SOS Méditerranée, il envisage la musique comme un espace où création et engagement peuvent se rejoindre, une orientation qu’il assumera plus tard sur scène, notamment lors du concert Together for Palestine en 2025.
Progressivement, Danyl trouve sa place, des Inouïs du Printemps de Bourges à l’Olympia, porté par une communauté fidèle construite au fil du temps. Chaque semaine, il compose d’ailleurs en direct sur Twitch, un espace où il partage à des milliers de spectateurs son processus créatif. C’est aussi sur la plateforme que prend forme sa série d’EPs en trois volets Khedma, posant les bases de la suite de son parcours.
Quête d’identité et mélange des genres
C’est avec son premier album Zmig que Danyl prend véritablement son envol. « Zmig », c’est le surnom péjoratif donné en Algérie aux Français d’origine maghrébine. Construit sur quatre ans, le disque représente cette quête d’identité de Danyl à la croisée des cultures.
« C’est tout le travail que j’ai fait dans ma tête pour accepter cette identité, et qui se retrouve dans ma musique », confie-t-il. Une réflexion qui affleure notamment sur « Hazel » : « En France j’suis qu’un Arabe de plus et au bled j’suis un zmigri ».
Dès l’ouverture, « Brouillon » esquisse les tensions qui traversent l’album : « Même quand j’avais rien fait j’avais peur de Monsieur l’agent / Qui m’a dit dans les yeux qu’il voulait que je quitte la France / Me renvoyer au bled alors que je parle même pas la langue ».
Toujours aux commandes musicalement, Danyl poursuit son travail de fusion aux côtés de Charlie Trimbur (Woodkid…) et Tristan Salvati (Angèle, Miki). Autour de lui, oud et percussions dialoguent avec les synthés orientaux, quatuors à cordes et guitares électriques. L’artiste convoque aussi bien des samples d’Oum Kalthoum que la bande originale du film de José Giovanni, Dernier domicile connu, dont la musique est composée par François de Roubaix, tout en déployant sa large palette vocale, nourrie de techniques héritées du raï.
Engagé, mais ponctué de titres d’amour plus légers, l’album suit un fil conducteur net : l’affirmation d’une double appartenance, « 100 % français et 100 % algérien ». Sur « Marianne », composé en direct avec sa communauté le soir de la défaite du Rassemblement national aux législatives, la célébration collective se transforme en chant raï. « C’était la fête. Ça a donné ce titre, qui est une déclaration d’amour nuancée à la France. Je t’aime, Marianne, mais il faut que tu m’aimes un peu en retour. » Sur « Y’a R », Danyl adopte un ton plus frontal face au climat raciste relayé par certains médias, avec cette punchline cinglante : « Qui es-tu pour que je veuille te remplacer ? ».
Une amitié pour l’harmonie intercommunautaire
Parmi les nombreuses odes au vivre ensemble qui traversent l’album, « La voisine » s’impose comme l’un des titres les plus marquants. Composé avec Ilan, « un ami juif qui compose avec moi, qui suis musulman. On trouvait ça terrible d’entendre ces histoires entre nos communautés, qui se ressemblent tant. L’idée est venue de raconter ça à hauteur d’enfant », explique Danyl. Un titre pensé comme un geste d’apaisement, de rapprochement.
Dans le contexte actuel de la guerre à Gaza, le morceau est pourtant pris pour cible sur les réseaux sociaux. « Je parle des juifs et des musulmans de France, mais beaucoup ont fait le lien avec le Proche-Orient. Je défendrai toujours le fait de ne pas invisibiliser ce qui se passe en Palestine », précise-t-il.
Amoureux de la scène, où sa communion avec sa communauté est plus forte que jamais, Danyl annonçait récemment son premier Zénith. Une étape symbolique pour l’artiste, qui, sans vouloir brûler les étapes, continue d’avancer en appréciant « le chemin », porté par l’envie de briser les frontières en tous genres.
P. P.
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