En 2026, une étude JAMA menée sur plus de 130 000 Américains lie café et thé caféinés à un risque légèrement moindre de démence. Mais cet éventuel coup de pouce au cerveau ne fonctionnerait qu’à une quantité bien précise.
Tout commence par un geste machinal : la main qui attrape la tasse, le café qui fume sur le plan de travail. Vous pensez seulement à vous réveiller. Pourtant, ce matin-là, sans le savoir, vous pourriez aussi jouer un tout petit rôle contre la maladie d’Alzheimer. Pas avec un médicament. Avec ce qu’il y a dans votre tasse.
Alors que plus de 50 millions de personnes vivent avec une démence dans le monde et qu’aucun traitement ne permet de la guérir, les chercheurs se tournent vers nos habitudes les plus ordinaires. Une vaste étude publiée en 2026 dans la revue JAMA s’est penchée sur deux boissons bien connues, le café et le thé. Et ce qu’elle montre est intrigant. Mais il y a une condition : respecter la bonne dose.
Quand café et thé deviennent des suspects… plutôt sympathiques
Les scientifiques ont suivi 131 821 adultes, issus notamment des grandes cohortes Nurses’ Health Study et Health Professionals Follow-up Study, pendant jusqu’à 43 ans. Leur alimentation, leur consommation de café, de thé, de café décaféiné et leur santé cognitive ont été régulièrement évaluées. Les auteurs rappellent d’emblée que « les preuves liant le café et le thé à la santé cognitive restent non concluantes », soulignent des chercheurs dans cette étude parue dans JAMA, rapporte Psychologies. Autrement dit : prudence. Mais la piste mérite qu’on s’y attarde.
Au fil du suivi, 11 033 participants ont développé une démence. En comparant les profils, une tendance apparaît : ceux qui buvaient le plus de café caféiné présentaient un risque de démence réduit d’environ 18 % par rapport à ceux qui en consommaient très peu ou pas. Le bénéfice maximal est observé chez ceux qui boivent chaque jour 2 à 3 tasses de café ou 1 à 2 tasses de thé caféiné. Aucune protection nette, en revanche, avec le café décaféiné. « Lors de nos recherches sur d’éventuels outils de prévention de la démence, nous avons pensé qu’un élément aussi répandu que le café pourrait constituer une intervention diététique prometteuse. Notre accès privilégié à des données de grande qualité, issues d’études menées depuis plus de 40 ans, nous a permis d’approfondir cette idée », a indiqué Daniel Wang, cité par Psychologies.
La bonne dose de caféine, ni trop ni trop peu
Sur les courbes des statisticiens, l’effet du café et du thé dessine une sorte de cloche : une faible consommation protège peu, une consommation modérée semble optimale, et des apports très élevés ne font pas mieux. Pas de gain supplémentaire à enchaîner les tasses. L’étude suggère aussi moins de plaintes subjectives de troubles de mémoire chez les gros buveurs de café caféiné, mais là encore, on parle d’associations, pas de certitudes causales.
Concrètement, rester autour de 2 à 3 tasses de café ou 1 à 2 tasses de thé par jour paraît être le « sweet Concrètement, rester autour de 2 à 3 tasses de café ou 1 à 2 tasses de thé par jour paraît être le « sweet spot ». Avec un repère simple : chez l’adulte en bonne santé, l’EFSA recommande de ne pas dépasser environ 400 mg de caféine par jour, soit à peu près 4 à 5 expressos. Certains profils doivent toutefois être plus vigilants : troubles du rythme cardiaque, hypertension mal contrôlée, anxiété, insomnie, grossesse. Pour eux, l’avis du médecin s’impose avant de pousser la machine à expresso un cran plus loin.
Coup de pouce pour le cerveau, dans une stratégie globale
Pourquoi ces boissons auraient-elles un effet protecteur potentiel ? Les chercheurs évoquent un faisceau de mécanismes : la caféine qui bloque des récepteurs de l’adénosine dans le cerveau, augmentant la vigilance et modulant l’inflammation, les polyphénols et antioxydants qui limitent le stress oxydatif, une meilleure santé vasculaire cérébrale, voire, dans des travaux d’imagerie, une accumulation plus lente de protéines amyloïdes liées à la maladie d’Alzheimer. De belles hypothèses, mais qui restent à confirmer.
Les auteurs de l’étude insistent sur un point : l’effet observé est modeste et ne remplace pas les autres piliers de prévention. Ils ne recommandent pas de se mettre au café si l’on n’aime pas cela ou si on le tolère mal. En revanche, pour ceux qui en boivent déjà, un usage régulier et modéré de café ou de thé non sucrés peut s’intégrer à une stratégie plus large : activité physique, arrêt du tabac, régime méditerranéen ou MIND, bon sommeil, vie sociale active. France Alzheimer rappelle aussi que certaines habitudes tirent le cerveau dans l’autre sens : viandes transformées (associées à une hausse de 44 % du risque de démence), sucres ajoutés, aliments ultra-transformés, édulcorants artificiels et alcool régulier. La prochaine fois que vous ferez couler un café, vous le saurez : ce n’est pas un bouclier, juste un allié discret, à condition de savoir s’arrêter à temps.
M. B.
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