Ayrade, société technologique, a annoncé, hier à l’hôtel Sheraton de Club des Pins à Alger, l’ouverture de 20% de son capital en Bourse. Le nombre d’actions émises, qui débutera ce lundi 1er juin et se poursuivra jusqu’à la fin du mois, affirme Mohamed Lamine Belbachir, fondateur et Pdg de la société, s’élève à 1,25 million pour un prix unitaire de 800 dinars.
Chaque opération devra conclure, au moins, 10 actions. Inscrite au compartiment de croissance au niveau de la Bourse, l’opération fait d’Ayrade le premier opérateur algérien de cloud souverain coté.
Cette introduction, indique M. Belbachir, est une « invitation à prendre part à un avenir numérique performant ». Il souligne que l’ambition de sa société est de diversifier son portefeuille et de se diriger vers l’international, notamment le marché africain. Pour certains pays comme le Sénégal, la Tunisie et la Mauritanie, la commercialisation des services a commencé. Mettant la souveraineté numérique au service de la performance, Ayrade compte réussir des résultats pour le moins probants en apportant sa plus-value pour l’effort national.
Il en sort déjà un climat optimiste largement partagé, illustré notamment par l’intervention enthousiaste du représentant de la BDL, chef de file de l’opération : « Je peux vous assurer que tous les IOB de la place sont engagés pour la réussite de cette entrée en bourse. »
La levée d’un milliard de dinars visée par cette ouverture du capital, équivalente à 20 % des parts, paraît donc lancée sur la bonne voie.
Les patrons de la Cosob, Youcef Bouzenada, et de la SGBV, Amel Selmouni, ont consolidé la présentation de Lamine Belbachir, président d’Ayrade, et multiplié les marques de confiance dans l’introduction de son groupe à la bourse, « signe supplémentaire de la nouvelle dynamique qui pousse de plus en plus d’entreprises à rechercher leur financement à la bourse d’Alger ».
Quant à Amel Selmoune, directrice générale de la Bourse d’Alger, elle a affirmé que cette introduction est une étape dans le développement du marché financier algérien et le renforcement de son rôle dans la finance et l’économie. Cette orientation « intervient dans les profondes transformations que connaît l’économie nationale qui accorde une importance croissante à l’économie du savoir, à la transformation numérique en tant que piliers fondamentaux de la construction d’une économie moderne, diversifiée et compétitive ».
Dans ce cadre, souligne-t-elle, « les pouvoirs publics ont oeuvré en coordination avec les différentes instances concernées par le marché financier pour adopter un ensemble de réformes, de coordination, d’aides et d’incitations visant à regrouper les entreprises algériennes, notamment les start-up et les PME ». La même responsable réaffirme l’engagement de l’Algérie à continuer à concrétiser sur le terrain pour le développement d’un marché financier moderne efficace et au service de l’économie nationale.
La souscription pour des actions au prix de 800 dinars l’unité débute avec dix actions. Elle est consacrée à parts quasi égales aux institutionnels et aux particuliers ; 0,5 % de l’émission est réservée aux 70 collaborateurs d’Ayrade.
Le représentant de Tell Group, qui a accompagné Ayrade dans son long parcours vers la bourse d’Alger, a fait observer à l’assistance que les 9,45 % de rendement de l’action, proposés dans la notice — en moyenne lissée sur les cinq prochaines années, sont supérieurs au rendement de 6,6 % du sukuk souverain émis par le Trésor public au début de l’année.
L’accueil fait à cette IPO dans la filière de la tech algérienne aurait pu être plus réservé, compte tenu de quelques indicateurs frôlant la limite haute des scénarios optimistes de développement des start-up de la filière sur les marchés matures ou émergents.
Mais les analystes ont, en marge de la conférence, plutôt choisi de ne pas s’appesantir sur le multiple de 160 entre le prix nominal de l’action — 5 dinars — et son prix d’émission, 800 dinars. Ni sur le multiple d’EBITDA de 19 dans les projections sur cinq ans du business plan présenté par Tell Group, tutoyant le plafond de 20 admis pour une pépite de la tech ailleurs.
Comparée à ceux des entreprises listées dans le compartiment principal, la relative modestie du chiffre d’affaires du groupe Ayrade — promis à un multiple de trois sur le business plan — n’a pas, elle non plus, refroidi les attentes vis-à-vis de l’avenir du titre et de son rendement effectif.
Les acteurs de la place veulent surtout retenir l’évolution du cœur de métier d’Ayrade, en passe de devenir une filière protégée par l’évolution légale et réglementaire, avec notamment l’obligation d’hébergement des données domestiques dans le pays.
Lamine Belbachir a expliqué comment la levée de fonds qui l’amène à la bourse d’Alger servira à accélérer l’investissement dans les infrastructures numériques pour développer les capacités de cloud computing et de stockage de données dans les data centers.
Les atouts finalement préférés aux fragilités d’Ayrade par la communauté présente sont surtout sa position de leader sur un marché naissant, le fait de disposer de la confiance des institutionnels gouvernementaux- Sonatrach, ministère de la Défense, etc – pour la gestion de leurs données et, argument appréciable, de disposer déjà, en contrats signés, de 80 % de son chiffre d’affaires projeté.
L’un des deux représentants de Tell Group a évoqué l’exemple de la filiale technologique du Saoudien STC pour suggérer le même destin à Ayrade. Solutions by STC est devenue rapidement une licorne après une introduction à la bourse de Riyad en 2021 -20 % du capital pour 966 millions de dollars -et une croissance externe régionale spectaculaire.
La plus grande fragilité de cette IPO se situe finalement dans l’illiquidité du marché secondaire, comme c’est le cas depuis trente ans et la création de la SGBV. Le risque est de se retrouver avec un titre peu liquide de plus dans son portefeuille.
Suffisant pour faire planer une menace d’échec pour atteindre le montant à souscrire ? Sans doute pas. Car il s’agit d’un montant -un milliard de dinars -absorbable par la place, et « l’appétence pour les valeurs de la tech est une nouvelle tendance constatée chez les investisseurs algériens », selon Ramy Zemmouchi, développeur de l’écosystème financier des start-up sur les deux rives.
Il reste que l’attractivité de la bourse d’Alger continue d’être obérée par le très faible volume de transactions hebdomadaire, alors même que la capitalisation de la place a fait un bond en avant ces trois dernières années, notamment avec les introductions des deux banques publiques, CPA et BDL.
« Une fois terminé le contrat de liquidité -généralement d’une année -de l’émetteur, tout retombe. Il n’y a plus d’intermédiaire en bourse pour donner le coup de manivelle et faire repartir le marché. Les six banques publiques pourraient mettre en place un fonds commun pour assurer cette tâche. Cela fait tellement longtemps que nous sommes tant à le recommander », déplore l’ex-banquier d’affaires Omar Berkouk.
Hassan Khelifati, premier privé avec Alliance Assurance à entrer en bourse, a évoqué une tribune publiée le jour même qui interpelle sur le défi de la profondeur du marché financier.
Pour inciter les investisseurs à acheter sans délai l’action Ayrade à son prix d’émission -valeur le mois de juin- un intervenant a évoqué la performance du titre Biopharm, « dont le cours a doublé depuis son introduction et qui fait mieux que son business plan ».
Oui, mais l’action Biopharm se transige peu sur le marché. Les détenteurs du titre sont, comme ceux des autres distributeurs généreux de dividendes, contraints d’attendre les assemblées générales pour émarger aux résultats, tout en gardant leurs actions.
D’autres interlocuteurs ont félicité l’initiative d’Ayrade, en tant que société technologique, d’avoir fait le premier pas en Bourse.
Mohammed Bessaïah
INTERFIL ALGERIE Soyez le premier informé