mercredi 22 juillet 2026
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Apple accuse OpenAI d’avoir volé des « secrets » industriels

Le fabricant de l’iPhone a déposé une plainte visant d’anciens employés partis chez la maison mère de ChatGPT

Quarante employés d’OpenAI ont reçu des lettres des avocats… d’Apple. Dans cette offensive juridique assez inhabituelle, le fabricant de l’iPhone vise d’anciens employés partis chez la maison mère de ChatGPT, relate le Financial Times, vendredi 17 juillet. Apple leur demande de conserver des documents et des messages, ainsi que de se tenir prêts à rencontrer ses avocats.

Que leur reproche la firme à la pomme ? Celle-ci accuse certains ex-salariés d’avoir transmis des secrets industriels à OpenAI. Apple a déposé vendredi 10 juillet une plainte en ce sens, ouvrant une bataille judiciaire.

« Des preuves significatives suggèrent que des individus employés par OpenAI se sont emparés de manière frauduleuse d’informations secrètes et confidentielles d’Apple concernant des produits, des processus et des technologies pas encore publics », affirme l’entreprise dans sa plainte. Le fabricant d’appareils vise ici l’initiative de diversification dans les appareils numériques lancée par OpenAI en 2025 à l’occasion du rachat, pour 6,4 milliards de dollars (5,6 milliards d’euros), d’io, une start-up lancée par l’ex-designer d’Apple, Jony Ive. Dans la foulée, pour nourrir cette branche chargée de développer un objet connecté adapté à l’ère de l’intelligence artificielle (IA), la maison mère de ChatGPT, spécialiste du logiciel, ou « software », a embauché 400 anciens employés d’Apple, acteur historique du « hardware » avec l’iPhone, l’Apple Watch, les AirPods…

« L’activité naissante d’OpenAI dans le domaine des appareils repose désormais sur des fondations friables, pourries car appuyées sur l’appropriation illégale de secrets industriels », dénonce Apple. Le géant cible deux ex-employés. Chang Liu, un ingénieur qualifié arrivé chez OpenAI en janvier après huit ans chez Apple, est accusé d’avoir utilisé l’ordinateur d’une autre employée du fabricant de l’iPhone pour accéder à des informations confidentielles et de l’avoir incitée à copier des documents internes, avant qu’elle soit embauchée par OpenAI en avril. La plainte affirme aussi que cet ingénieur a conservé un ordinateur de son ancien employeur et a réussi à accéder à des fichiers. « LOL, j’ai découvert que je pouvais accéder [au réseau interne], trop marrant », aurait-il ironisé dans un message adressé à la future recrue d’OpenAI, selon Apple.

La plainte pointe aussi du doigt Tang Tan, devenu responsable hardware chez OpenAI après le rachat d’io, qu’il avait rejoint après vingt-quatre ans passés chez Apple, notamment comme vice-président chargé du design de l’iPhone ou de l’Apple Watch. Le cadre se voit reprocher d’avoir tenté d’extraire des informations sur les développements en cours d’Apple auprès de candidats venus pour des entretiens d’embauche chez OpenAI. Il aurait notamment utilisé des noms de code interne et concepts propres à Apple, soutient le plaignant.

 Retournement

Face à cette salve, OpenAI se défend vigoureusement. « Nous n’avons aucun intérêt pour les secrets industriels des autres entreprises. Si nous prenons ces accusations au sérieux, nous n’avons pas connaissance d’éléments prouvant que cette plainte a une substance. Nous croyons à la concurrence libre et à la possibilité pour chacun de travailler où bon lui semble », déclare la start-up, affirmant être concentrée sur « l’innovation technologique ».

Rien n’a encore filtré officiellement sur le projet d’appareil d’OpenAI, qui ne devrait pas être lancé avant plusieurs mois. Bloomberg a écrit mardi 14 juillet que l’entreprise s’orienterait vers une sorte d’enceinte connectée, sans écran mais mobile, dotée de micros et de caméras, destinée à être une sorte d’assistant IA personnel, appuyé côté logiciel sur ChatGPT, notamment.

La brusque escalade entre Apple et OpenAI est un retournement par rapport à mi-2024, époque où les deux entreprises nouaient un partenariat visant à déployer ChatGPT sur les iPhone. Depuis, des tensions sont apparues. Et Apple, début 2026, a choisi de s’appuyer sur l’application de Google Gemini comme assistant pour la nouvelle phase de déploiement de l’IA. Elle envisage aussi de s’ouvrir à Claude, créé par le rival d’OpenAI Anthropic. En consé- quence, des articles de presse ont affirmé en mai que l’entreprise de Sam Altman envisageait de lancer des procédures judiciaires contre Apple, estimant que celui-ci n’a pas honoré son contrat, dont était attendu notamment un afflux de nouveaux abonnés à ChatGPT.

La plainte d’Apple pourrait être une réponse dissuasive adressée à OpenAI. Le fait de lancer des procédures juridiques est relativement courant entre géants du numérique, souvent à la fois alliés et concurrents, au gré des secteurs et des époques. Elles permettent parfois d’instaurer un rapport de force et peuvent se ré- soudre par des accords, sans procès. Mais pour Open­AI, ce nouveau front ouvert avec un poids lourd du numérique, juste après avoir réussi à contrer les plaintes déposées par son ex-cofondateur Elon Musk contestant sa transformation en société à but lucratif, est un grain de sable malvenu pour son projet de bientôt s’introduire en Bourse. p

A. P.