Bollywood. Ce nom évoque une multitude de chansons, de couleurs vives et de parfums épicés. Premier producteur de films au monde (environ 1600 par an) le cinéma indien, que Bollywood incarne, a conquis la planète. Mis en scène par le Britannique Toby Gough, dans une distribution exclusivement indienne, un spectacle musical, Bollywood Masala, lui rend un hommage flamboyant.
Il fait un froid glacial sur Paris. Mais dans la salle de spectacle où elle répète, la troupe de Bollywood Masala déclenche, dès les premières mesures, une onde de chaleur et une irrésistible atmosphère joyeuse qui donnent envie de danser. Sur scène, treize danseurs exécutent des chorégraphies d’une précision inouïe, sous la direction en hindi de Mahesh Poojary, micro en main, dans les gradins. Le monde coloré de Bollywood qui mêle « musique, danse, drame, émotions » est au cœur de son quotidien à Mumbai (Bombay). Ce chorégraphe charismatique y collabore depuis 25 ans avec les plus grands. Il a notamment entraîné la star Amitabh Bachchan, 83 ans, le mythique Shah Rukh Khan ou encore Salman Khan. Bollywood Masala est sa troisième collaboration après La fabuleuse histoire de Bollywood (2009) et Tadj Express (2012) avec Toby Gough, le metteur en scène et librettiste du spectacle.
Pour ce dernier, dont les origines paternelles furent liées à l’Inde pendant 300 ans, y revenir est « une mission personnelle et familiale », et aussi la volonté de faire découvrir un patrimoine d’une richesse inouïe. « L’Inde a 15 000 ans d’histoire. C’est un continent et une culture immenses. Il y a tant d’histoires à raconter pour ceux qui ne peuvent y voyager. Tant de pays, de langues, de cultures différentes, de paysages à découvrir. Je ne pourrais jamais m’arrêter de revenir à ce pays fascinant. »
C’est ce que propose ce Bollywood Masala, en français, hindi et anglais, pour lequel, outre une bande originale de musiques populaires, réenregistrées en Inde, il a fait appel à deux musiciens traditionnels qui jouent en live. Mais également à l’intelligence artificielle pour la partie narrative du spectacle, afin de proposer un « voyage immersif dans les films de Bollywood », précise Toby Gough.
Une constellation d’étoiles
L’immersion est renforcée par les costumes. Signés Bipine Tanna et Nishita D’Souza, grands costumiers des films de Bollywood, c’est une avalanche de couleurs chatoyantes, de strass et de paillettes, des saris jusqu’aux poignets, dans la pure tradition des spectacles de Bombay.
De l’aveu de Toby Gaugh qui regarde, émerveillé, la répétition, « il n’y a pas deux spectacles comme celui-ci dans le monde. Les étoiles sont les danseurs du spectacle. » Sept hommes et six femmes, ultra-souriants mais surtout virtuoses.
Formés dans la pure tradition indienne de Bollywood, ils y jouent tous dans des productions populaires. À l’instar de Sushant Pujari, étoile montante de ce cinéma, qui interprète Ricky, l’un des principaux rôles de la comédie musicale.
Ce qui, comme l’affirme Mahesh Poojary, n’a rien à voir avec le hasard. « Dès les premières auditions, on a cherché des danseurs de Bollywood. Lorsqu’on aime ces films, chaque fois qu’on regarde une chanson pour la première fois, on l’associe aux danseurs qui l’exécutent. Donc on a choisi d’abord les chansons, puis les danseurs qui ont dansé sur ces chansons pour que les spectateurs les associent rapidement. Ce sont tous de grands danseurs du cinéma bollywoodien. »
Les ingrédients clés d’un grand film de Bollywood sont au cœur de ce spectacle « Masala », y compris son intrigue.
Un scénario « masala » original
Les scénarios classiques de Bollywood sont assez stéréotypés. Ils mettent en scène des histoires d’amour, contrariées par les conflits, avant que ne survienne un « happy end ». Celui de Bollywood Masala, inspiré d’une histoire vraie, détonne. Le spectacle raconte l’ascension, digne d’un véritable conte de fées, du chef Kari Balti, le « Maharaja du Masala », qui fit fortune en inventant la restauration pour les artistes et les techniciens de cinéma sur les plateaux de tournage. Un concept qui sera repris dans le monde entier. En outre, sa vie et ses fameuses rencontres cinématographiques permettent de faire découvrir aux spectateurs de nombreuses œuvres et musiques populaires de Bollywood.
Ce scénario original a séduit Mahesh Poojary. « Le spectacle commence par l’histoire des différentes épices que rencontrent ce chef, qui devient l’un des hommes les plus célèbres de l’Inde grâce à la cuisine. Raconter la culture indienne à travers le contexte culinaire m’a énormément attiré », explique-t-il. Masala donc. Ce terme culinaire, qui désigne une sauce curry obtenue grâce à un savant mélange d’épices, trouve donc une partie de son sens ici. Car le terme est polysémique. En Inde, Masala renvoie également au mélange des genres (drame, romance, comédie, mélodrame et action) des films de Bollywood et à un style de musique métissé. C’est le cas aussi dans Bollywood Masala.
Un spectacle qui parle à tous
Si les danses s’inspirent des folklores anciens, la musique frappe par son mélange indien et occidental. Le spectateur ne sera-t-il pas surpris d’écouter aussi bien des classiques de Bollywood réorchestrés (notamment « Lagaan » du film éponyme oscarisé, « Dola Re Dola » ou « Nimbooda ») que le « Sapphire » de Ed Shiran. Rappelant ainsi que si Bollywood est parti à la conquête du monde, le monde aussi s’est épris de Bollywood. « Cela donnera aux Indiens qui sont en France la possibilité de sentir la chaleur de l’Inde pendant l’hiver français. Mais tout le monde, d’Inde ou pas, peut apprécier ce spectacle », affirme Toby Gough.
Même opinion de la part de Nicolas Ferru, producteur de spectacles à succès, notamment Irish Celtic et Les Souliers rouges, qui collabore pour la troisième fois avec Toby Gough sur une production liée à l’Inde. « On a besoin de divertissement. Ce qui m’intéresse, c’est d’emmener le public dans un voyage immersif. C’est un spectacle pour tous ceux qui veulent partir en Inde. »
À partir du 18 décembre au Palais des Congrès de Paris et en tournée dans toute la France.
M. B.
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