mardi 1 septembre 2026
Accueil > A la UNE > États-Unis : un ancien membre de gang reconnu coupable du meurtre du rappeur Tupac Shakur

États-Unis : un ancien membre de gang reconnu coupable du meurtre du rappeur Tupac Shakur

Aux États-Unis, Duane Davis, dit « Keefe D », ancien membre des South Side Compton Crips, un gang de Los Angeles, a été reconnu coupable lundi 31 août du meurtre du rappeur américain Tupac Shakur en 1996. Trente ans après les faits, le jury d’un tribunal de Las Vegas a rendu son verdict après seulement quelques heures de délibérations, dans l’un des « cold cases » les plus célèbres de l’histoire du pays.

Le jury a reconnu Duane Davis coupable de « meurtre au premier degré avec usage d’une arme mortelle », malgré l’insistance de la défense sur l’absence de preuves matérielles. Le prononcé de la peine aura lieu le 13 octobre prochain. L’ancien membre de gang, âgé de 63 ans, encourt la perpétuité incompressible.

Après l’annonce du verdict, Duane Davis s’est adressé à la juge Carli Kierny pour lui faire part de son intention de faire appel de la décision. Trente ans après la mort de la légende du rap, cette ex-figure des South Side Compton Crips était jugée pour avoir commandité le meurtre et fourni l’arme du crime.

Lors des plaidoiries finales, qui ont duré près de cinq heures, le procureur Binu Palal, représentant l’État du Nevada, a martelé la thèse de l’accusation : celle de représailles après le passage à tabac d’Orlando Anderson, neveu de Duane Davis, auquel Tupac Shakur avait participé quelques heures avant d’être abattu.

Le procureur a décrit à plusieurs reprises l’accusé comme un « caïd », un « shot caller » dont les ordres étaient obéis par les membres des Crips. « Duane Davis, dans la culture des gangs, ne pouvait laisser passer cela », a affirmé Binu Palal, en référence à l’humiliation publique de son neveu. « Il s’est procuré le pistolet, il a organisé le groupe, il a donné la chasse à M. Shakur », a-t-il énuméré, insistant sur le caractère prémédité, selon lui, des actes de l’accusé.

Le contentieux opposait alors deux labels de musique, Death Row Records et Bad Boy Records, fondé par Sean « P. Diddy » Combs, chacun recourant à un gang rival pour assurer la protection de ses artistes, avec en toile de fond la guerre entre les « Crips » et les « Bloods » à Los Angeles, qui a culminé dans les années 1990.

Des déclarations compromettantes

Dès 2008, Duane Davis avait reconnu devant les enquêteurs qu’il se trouvait dans la Cadillac blanche d’où les coups de feu avaient été tirés. Mais ses confidences intervenant dans le cadre d’un accord prévoyant une immunité partielle, elles ne pouvaient être retenues contre lui.

L’ex-membre de gang s’est ensuite épanché dans les médias, avant de publier en 2019 des mémoires compromettants. Il y raconte notamment qu’il se trouvait sur le siège passager de la voiture et avait fait passer le pistolet aux occupants de la banquette arrière, sans révéler l’identité du tireur.

Arrêté en septembre 2023 à la suite de cette parution, Duane Davis assurait désormais que son livre avait été romancé par son coauteur et qu’il se trouvait à Los Angeles le soir du meurtre. « Pendant près de 18 ans, Duane Davis a dit à la police, à la télévision, dans des livres et à des intervieweurs sur YouTube, à qui voulait l’entendre, qu’il était responsable du meurtre de Tupac Shakur. Dites-lui que vous l’avez entendu en le déclarant coupable », avait lancé le procureur aux jurés.

Ni l’arme du crime ni la voiture retrouvées

La défense a au contraire insisté sur l’absence de preuves matérielles. L’avocat Michael Sanft a balayé les déclarations de son client comme « simplement des mots », affirmant que Duane Davis cherchait à promouvoir les ventes de ses mémoires par appât du gain. « Vous lisez un livre qui est de la fiction et non des faits, mais l’accusation veut vous faire croire qu’il s’agirait en quelque sorte d’aveux qu’il était là au moment des tirs », a-t-il plaidé.

Ni la Cadillac ni l’arme du crime n’ont jamais été retrouvées. « Avec tous les instruments à la disposition de la police, ils n’ont rien dans ce dossier qui montre que cet homme était à Las Vegas le 7 septembre 1996 », a poursuivi Michael Sanft. Cette nuit-là, des tirs provenant d’une Cadillac blanche avaient blessé Tupac Shakur à Las Vegas, alors qu’il venait d’assister à un combat de boxe de Mike Tyson. Le rappeur avait succombé à ses blessures six jours plus tard, le 13 septembre 1996, à l’âge de 25 ans.

M. B.