mardi 27 février 2024
Accueil > A la UNE > Guerre en Ukraine : les États-Unis vont bien fournir à Kiev les très controversées armes à sous-munitions

Guerre en Ukraine : les États-Unis vont bien fournir à Kiev les très controversées armes à sous-munitions

Les États-Unis vont fournir des armes à sous-munitions à l’Ukraine, a indiqué vendredi 7 juillet la Maison-Blanche, franchissant un seuil important dans le type d’armements offerts à Kiev pour se défendre contre la Russie. Ces armes sont interdites par plus de 120 pays à cause de leur impact mortel sur la population civile. La décision est donc controversée. Elle intervient au moment où les alliés s’inquiètent de la lenteur de la contre-offensive ukrainienne contre la Russie. 

« C’est une décision difficile. On l’a différée » un certain temps, a déclaré à la presse le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, Jake Sullivan, tout en ajoutant que c’était « la bonne chose à faire ». Il a affirmé que le président Joe Biden avait pris la décision en consultation avec les alliés et après une « recommandation unanime » de son administration.

Apparemment, les discussions étaient intenses au sein de l’administration Biden. Fallait-il ou non céder à la demande de plus en plus urgente de l’Ukraine de fournir ce type d’armes que plus de la moitié des pays dans le monde ont banni ? Selon le Washington Post, c’est l’inquiétude sur la laborieuse contre-offensive ukrainienne qui a fait pencher la balance en faveur de la fourniture. Le président américain Joe Biden a confié avoir pris une « décision très difficile » en livrant des armes à sous-munitions à l’Ukraine, en justifiant cela par le fait que l’Ukraine est « à court de munitions ».

Ces armes seront utilisées par des obusiers Howitzer que les États-Unis ont déjà livrés à l’Ukraine. Washington, tout comme Moscou ou Kiev, n’ont pas signé la convention internationale qui interdit l’usage de ces armes particulièrement dangereuses pour la population civile. Jake Sullivan a cependant assuré que les Ukrainiens avaient fourni des garanties « par écrit » sur l’usage qu’ils feraient de ces armes pour minimiser « les risques posés aux civils ».

« Une aide indispensable »

Cette annonce intervient dans le cadre d’un nouveau paquet d’aide militaire à l’Ukraine d’un montant de 800 millions de dollars et qui porte le total de l’aide militaire américaine depuis le début de la guerre en février 2022 à plus de 41 milliards de dollars. Outre les armes à sous-munitions, les États-Unis vont fournir des véhicules blindés, des munitions d’artillerie, des armes anti-chars et autres équipements.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a remercié vendredi son homologue américain Joe Biden pour l’« indispensable » aide militaire à la défense de l’Ukraine. « Une aide militaire indispensable, vaste et opportune », a écrit Volodymyr Zelensky sur les réseaux sociaux remerciant Joe Biden et les Américains pour ces « mesures décisives ». « L’augmentation des capacités en matière de défense de l’Ukraine apportera de nouveaux outils pour libérer notre territoire et nous rapprocher de la paix », a-t-il ajouté.

Un danger pour des décennies 

En fait, ces armes à sous-munitions dispersent de petits projectiles explosifs de manière aléatoire, et cela sur des surfaces larges comme quatre stades de football. Certaines sous-munitions n’explosent pas à l’impact et représentent donc un danger pendant des décennies après les conflits.

Une loi américaine interdit normalement la production et l’exportation des sous-munitions avec un taux d’échec supérieur à 1%, ce qui couvre presque tout le stock américain. Mais Joe Biden compte bien contourner cet obstacle en s’appuyant sur un autre règlement : il peut fournir n’importe quelle aide militaire s’il juge que cela est dans l’intérêt national de sécurité de son pays.

Interrogé sur cette question des armes à sous-munitions, le secrétaire général de l’OTAN a rappelé ce vendredi qu’il s’agissait là de décisions étatiques individuelles, indépendantes de l’organisation, pointe notre correspondant à Bruxelles, Jean-Jacques Hery. Et Jens Stoltenberg de rappeler que dans ce conflit, les armes à sous-munitions sont utilisées par l’Ukraine comme par la Russie.

Des armes très décriées faisant de gros dégâts

Les Américains n’en produisent plus, mais Washington en a en stock et pourraient fournir aux forces ukrainiennes des armes à sous-munitions pour des obusiers de 155 millimètres. Ces armes, très décriées, font de gros dégâts, pointe l’expert en armement Léo Péria Peigné.

« Une arme à sous-munition c’est une arme qui, en son corps, va contenir plusieurs autres petites munitions explosives actives, et non pas juste des bombes à billes inertes. Cela peut permettre de traiter avec moins de munitions, en tirant une seule fois, sur une surface qui va être beaucoup plus large. Quand vous regardez les vidéos d’entraînement avec ce genre de munitions, vous voyez que les zones d’arrivée, traitées par chaque obus, sont souvent bien supérieures. Simplement parce qu’un obus va en lâcher d’autres, qui pourront à leur tour exploser, et faire encore plus de dégâts sur une surface beaucoup plus large et beaucoup plus dense. C’est aussi un moyen de contribuer à l’effort de guerre et aussi de permettre aux Ukrainiens d’avoir le même effet, en tirant un peu moins. Ce qui, dans une phase d’offensive peut permettre d’être plus efficace et d’avoir un meilleur ratio, alors que les munitions sont consommées très vite. » explique l’expert.

5 à 10% des armes à sous-munitions n’explosent pas à l’impact constituant un danger pour les populations, rappelle Human Rights Watch qui exhorte les États-Unis à ne pas en fournir.

M. B.