vendredi 30 septembre 2022
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Meriem Fekkaï : La légende de la chanson algérienne

Son genre de «m’samaâ» est inspiré de celui de Maâlema Yamna, laquelle a été son principal modèle, viendra ensuite Cheikha Tetma qu’elle ne quittera pas d’une semelle durant une grande partie de sa vie. Originaire de Biskra, Meriem Fekkaï est née en 1889 et décède en 1961. Cette grande artiste au sourire enchanteur est une légende de la chanson algérienne.

Meriem Fekkaï a apporté un plus dans la composition de son ensemble artistique, qu’elle constitua à partir de 1935, en introduisant une forme de prestation musicale et dansée tout à fait nouvelle, car jusque-là, les cheikhate ne s’occupaient pas de la partie ballet traditionnel qui se faisait tantôt d’une manière spontanée, tantôt sur demande de la famille organisatrice de la cérémonie. Meriem Fekkaï s’intéressa précisément à ce côté du fait qu’elle débuta sa carrière en qualité de danseuse à l’occasion des fêtes familiales, mais également en intermède des spectacles organisés par Mahieddine Bachetarzi, notamment à partir de 1928, période au cours de laquelle il présidait aux destinées de la Société Musicale El Motribiya. Chanteuse est un métier qu’elle entreprit très tardivement. Elle a figuré sur un plateau artistique grandiose, le samedi 24 août 1929 à Alger aux côtés de Mahieddine, Sassi et Chabha, une grande chanteuse kabyle de l’époque. Là, elle s’affirma réellement comme une artiste complète, car, aux talents de chanteuse, s’ajoutent ceux de danseuse traditionnelle, agile, élégante d’une beauté incomparable. Meriem Fekkaï envoûta son public et les organisateurs, car une étoile nouvelle est née, qu’il fallait compter avec elle. A l’époque, outre Meriem Fekkaï, Yamna et Tetma, il y avait également Fettouma El Blidiya, Cheikha Zahia, Leila Fatah (L. Mouti) Soltana Daoud (Reinette l’Oranaise) et Zohra El Fassia. Pour les cheikhs genre mdih, qu’on n’appelait pas encore chaâbi, il y avait cheikh Abderrahmane El-Meddah, cheikh Mustapha Driouch, cheikh Mamad Benoubia, Reghaî Abderrahmane dit cheikh Saîdi, cheikh Mahmoud Zaouch, cheikh EI-Hadj M’hamed El-Anka et son maître cheikh Nador (Mustapha Saîdi) qui était déjà décédé en 1926, pour ne citer que ceux-la. Pour la musique andalouse, l’activité était intense, également avec la suprématie de la société El-Motribia, la société El-Andaloussia au sein de laquelle figuraient Mohamed Fakhardji, El Djazaîria, El-Ghernata; voyait le jour aussi El Mossilia. Ayant une instruction moyenne, Meriem Fekkaï compensait cet handicap par sa grandeur d’âme et son comportement social. Sa maison était le lieu de rencontre de beaucoup d’artistes. Aimable et très accueillante, elle fut aidée par son entourage familial et plus particulièrement par son mari, Si Abdelkrim Belsenane, qui ne ménagea aucun effort pour son épanouissement artistique. Ils vécurent une quarantaine d’années ensemble sans laisser d’enfants. Meriem Fekkaï choisissait sa clientèle parmi les familles bourgeoises d’un niveau social élevé; son programme, de ce fait, ne désemplissait jamais durant les étés, en après-midi (dhella) ou en soirée (sahra). Son programme de chants était compose de poésies du genre aroubi et hawzi, des morceaux légers (nqlébète) du classique andalou. Meriem Fekkaï donnait leur chance a toutes les belles voix qui l’entouraient. Elle avait, pendant une longue période, permis à Fadila Dziria d’interpréter tous les «istikhbarates», préludes aux chants qu’elle programmait pour son ensemble à l’occasion de toutes ses prestations.

Ses succès étaient en grande partie ceux de Yamna ou de Tetma, car puisés dans le patrimoine hawzi tlemcénien ou aroubi algérois. Meriem Fekkaï se démarque, malgré tout des autres, par l’interprétation à l’unisson de la quasi-totalité des chants. Le dakhli m’sammaî «Rana Djinek», chant de bienvenue à la mariée, reste son chef-d’œuvre avec «El qelb bete Sali» et «Mene houa Rohi ou Raheti» du poète tlemcénien Ibn Msaîeb. Meriem Fekkaï sortait rarement en dehors d’Alger, sauf pour des visites amicales ou familiales à Tlemcen, ou encore à Miliana pour l’Aïd El-Adha. Meriem Fekkaï était une cinéphile très avertie. Elle ne ratait jamais son après-midi cinéma et les premières de films qui passaient à Alger. Meriem Fekkaï a tiré sa révérence le 18 juillet 1961, laissant derrière elle un patrimoine musical inestimable que ses disciples perpétuent jusqu’à présent.

 

Sihem Oubraham in El Moudjahid