vendredi 23 octobre 2026
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PORTRAIT Le chanteur français Severin en toute liberté, avec l’album « Tout est vrai »

Tout est vrai. C’est le titre du sixième album de Séverin. Un disque pop aux accents rock, enregistré sur l’île de Wight, en toute indépendance. Il nous y invite à prendre le large, renouveler notre oxygène, contempler les étoiles et… à aimer vieillir.

« Suis-je à ma place dans ce nouveau rôle ? » questionne Séverin sur la touchante « À ma place ». Il s’adresse à ses enfants, qui figurent sur la pochette de ce nouvel album, peinte par sa femme. Avant d’être père, Séverin a été un enfant. Celui de Henri Tézenas du Montcel, ancien directeur de RFI. Il se souvient d’ailleurs avoir fait du roller dans les couloirs de la radio et de son premier concert avec son père : Papa Wemba, à Paris.

Hormis ces parenthèses, « mon éducation catholique et bourgeoise ne rimait pas avec intermittence et musique », se remémore l’artiste qui chantait dans la chorale de sa paroisse. En un sens, bien que traumatisante, la mort de son père, lorsqu’il a quatorze ans, est une forme de « libération ». Séverin s’autorise à faire de la musique. Le déclic a lieu ado, alors qu’il est dans un pensionnat très fermé, au Nord de Paris. « En pension cet instrument m’a aidé à trouver ma place dans un univers, très masculin », nous confie-t-il.

Quelques années plus tard, il créé One Two, avec Lafayette. Ils signent avec un label anglais, partent en tournée en Europe. En 2009, l’artiste sort Cheesecake, un album en français, conçu pour quatorze chanteuses ! « Cette étape m’a ensuite permis de chanter mes propres chansons », raconte le chanteur dont la timidité affleure.

Artiste indépendant

Suivront quatre albums solo. Mais, à la sortie du très acoustique Nouveaux Dinosaures (2023), Séverin, qui a monté son propre label, songe à arrêter.  « Enregistrer des chansons est un bonheur, mais tout ce qui suit, pour essayer de vendre un disque, est difficile, peu gratifiant, éreintant », nous avoue-t-il.

Sur la carrière en indépendant, Séverin est lucide. « Un musicien de 40 ans aujourd’hui, dans mon style de musique, ne peut plus vivre exclusivement de sa musique. C’est impossible. Il faut trouver un autre moyen. C’est mon premier conseil aux jeunes ; faire des choses différentes ».

L’artiste a trouvé une activité parallèle qui l’enchante : il compose pour des films d’animation, notamment Simon, qui tourne dans le monde entier. « Je suis très reconnaissant pour ce dessin animé et d’autres. Cela m’amuse et me permet d’être libre, de faire ma musique dans de bonnes conditions, presque anachroniques ».

Le titre de l’album est donc lié à sa création. « Je n’utilise pas d’outils de corrections. Certains diront que c’est à l’ancienne, je pense que c’est peut-être le futur. On est saturé ! C’est le rôle de l’artiste d’être artisan pour chercher la justesse, c’est mon engagement poétique ».

Séverin a donc ressorti ses guitares électriques et ses pédales. Et embarqué ses musiciens (notamment Ambroise « Sage » Willaume et Jérémie Arcache) sur un ferry pour l’Angleterre et le studio Chale Abbey, où fut enregistrée presque toute la Brit Pop des années quatre-vingt-dix.

De la mélancolie à la lumière

Fruit de ce travail, cet album pop-rock, lumineux. Plus dynamique que Nouveaux Dinosaures. « J’étais épuisé par la paternité. Là, je me suis fait plaisir avec des morceaux rock comme « Poisson bocal », pour mon fils fan d’AC/DC », s’amuse-t-il . Le disque s’ouvre pourtant sur « Petite solitude », qui nous rappelle Laurent Voulzy. Une ballade qui invite à tenir le cap et à ne pas dramatiser une rupture.

« J’aime vieillir » clame-t-il dans la dansante et pop « Sucrer des fraises », qui confirme ce qu’il nous dit en entretien. « J’aime vieillir car je ne suis plus en attente d’être aimé comme je l’étais avant d’avoir des enfants ».

Alors Séverin nous exalte en faisant l’apologie de l’« Oxygène » dans une chanson éponyme. Il nous invite à « Chercher les étoiles au milieu des satellites », célèbre la mère de ses enfants sur le tendre « Océan ». D’où vient l’omniprésence de la Nature ? « L’eau, l’air, l’oxygène et les étoiles, c’est la seule issue dans notre monde fermé sur lui-même et anxiogène. On a besoin de regarder le ciel et se rendre compte, avec humilité, qu’on n’est qu’une petite poussière ».

En 2004, Séverin était persuadé d’être Paul Mc Cartney. « J’étais dans l’erreur même si c’est une super force d’être autocentré », se souvient-t-il en riant. Que conseillerait le Séverin apaisé au jeune homme qu’il était ? « Je lui dirais : « ça ira tu verras » (le titre d’une de ses chansons, ndlr.) et de continuer. Tout va bien ».

Severin Tout est vrai (Neon Napoleon) 2026

M. B.