vendredi 30 septembre 2022
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Trop de cholestérol, c’est grave docteur ?

À l’origine d’infarctus et d’accidents vasculaires cérébraux, le mauvais cholestérol doit être surveillé, surtout en cas d’antécédents familiaux.

L’EXCÈS de cholestérol ne donne aucun symptôme au départ. Sauf que c’est un facteur majeur de risque d’infarctus et d’accident vasculaire cérébral. Il y a deux types de cholestérol, le HDL, dit le bon cholestérol, et le LDL, le mauvais. Ce dernier contribue à l’accumulation de graisses à l’intérieur des artères et à les boucher progressivement. C’est sur ce mauvais cholestérol que portent aujourd’hui tous les efforts. Quand faut-il s’inquiéter d’un taux excessif de cholestérol ? « Il faut faire une prise de sang pour connaître son taux de LDL, à partir de 40 ans, en l’absence d’antécédents cardiovasculaires personnels ou familiaux », explique le professeur Alain Furber, président de la Fédération française de cardiologie, cardiologue au CHU Angers.

Des recommandations plus drastiques qu’il y a quinze ans

Mais quel est le taux de LDL cholestérol considéré comme normal ? Là encore, les choses ne sont pas simples. Tout dépend de votre âge, du sexe (les hommes sont plus à risque que les femmes), tension artérielle, poids, diabète, tabagisme… Le taux de LDL cholestérol acceptable varie d’une personne à l’autre. « Lorsque l’on est jeune, en bonne santé, sans antécédents familiaux et personnels d’accident cardiovasculaire, le taux de LDL cholestérol acceptable est différent de celui admis pour des personnes qui cumulent plusieurs facteurs de risque », insiste le professeur Furber. Pour compliquer le tout, les objectifs thérapeutiques (taux de LDL cholestérol à atteindre) en prévention dite primaire, c’est-à-dire en l’absence d’antécédents cardiaques, sont différents de ceux en prévention secondaire, c’est-à-dire destinés aux patients ayant déjà eu un accident cardiovasculaire. La première étape en prévention primaire est d’évaluer le niveau de risque global d’une personne donnée. « Des échelles de risque ont été établies assez précisé[1]ment pour guider les traitements. Les scores SCORE2 ou SCORE2-OP (old patient) visent à quantifier le risque, faible, moyen, élevé ou très élevé. Ces scores mesurent le risque à dix ans de souffrir d’un événement mortel ou non mortel, infarctus, accident vasculaire cérébral », détaille le professeur Jean-Jacques Mourad, chef du service de médecine interne de l’hôpital Saint-Joseph à Paris. Ces scores tiennent compte eux aussi de l’âge, du sexe, de la tension artérielle systolique, du tabagisme, du LDL cholestérol, du poids… « Par exemple, pour une personne jeune en bonne santé, sans facteur de risque cardiovasculaire, le taux de LDL cholestérol doit rester inférieur à 1,3 g/l, précise le professeur Furber. S’il existe des facteurs de risque modérés, ce taux doit être inférieur à 1 g/l. Pour un risque élevé, il ne doit pas dépasser 0,7. Enfin, en cas de risque très élevé, l’objectif est d’être en dessous de 0,55 g/l. » En prévention secondaire, pour les malades ayant déjà souffert d’un accident cardiovasculaire, inutile de définir un score de risque : les patients doivent être pris en charge de la manière la plus efficace. « L’objectif dans ce cas est d’aboutir à un taux de LDL en dessous de 0,55 », ajoute le professeur Mourad. Désormais, les recommandations officielles en France, en Europe et aux États-Unis prônent des réductions du LDL cholestérol bien plus drastiques qu’il y a quinze ans. Les études les plus récentes montrent qu’un taux de LDL plus bas que celui que l’on préconisait autrefois permet d’obtenir de bien meilleurs résultats en matière de réduction d’infarctus et d’accident vasculaire cérébral. Puis, comme pour le tabac, le taux de cholestérol sur les artères se cumule avec le temps. Plus vous avez un taux élevé de cholestérol depuis longtemps, plus le risque artériel est grand. Les statines, traitement toujours préconisé La prise en charge, elle, fait toujours appel aux statines, cette famille de médicaments anticholestérol tant décriée il y a quinze ans. Selon une étude de l’Assurance maladie, les polémiques sur les bénéfices des statines avaient contribué à ce que nombre de personnes âgées arrêtent leur traitement, et, in fine, à une augmentation dans les deux années suivantes d’un tiers des admissions à l’hôpital pour accident cardio[1]vasculaire chez les plus de 75 ans. Ces médicaments sont toujours au centre de la prise en charge de l’hypercholestérolémie, avec les mesures hygiéno-diététiques. « Les patients bénéficiant de traitements préventifs ne se rendent pas compte des événements graves qui ont été évités, ajoute le professeur Mourad. D’où l’intérêt de leur expliquer les différentes études qui démontrent l’impact des médicaments sur la baisse des accidents cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux. » Le principal effet secondaire des statines, ce sont les douleurs musculaires. Il faut alors parfois changer de médicaments, fractionner les prises ou encore modifier les posologies.

Dr Martine Perez