mercredi 22 mai 2024
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260 milliardaires signent une tribune pour mettre en place un impôt sur la fortune

À l’occasion du Forum économique mondial qui se tient jusqu’à ce vendredi à Davos en Suisse, des milliardaires du monde entier ont signé pour la troisième année consécutive une tribune appelant les dirigeants de la planète à mettre en place un impôt sur la fortune. Un mouvement qui prend de l’ampleur.

Cette année, ils sont plus de 260 milliardaires à avoir signé cet appel (Proud to pay more), alors que lors de la première année de cette initiative ils n’étaient qu’un peu plus de 100. Et ce, alors que selon l’ONG Oxfam, les cinq plus grandes fortunes sur la planète ont vu leur patrimoine doubler depuis 2020.

« Nous sommes surpris que vous n’ayez pas répondu à une question simple que nous posons depuis trois ans : quand allez-vous taxer l’extrême richesse ? » L’appel ne peut être plus clair. Selon ces 260 milliardaires signataires de cette tribune appelant à la mise en place d’un impôt sur la fortune, la trajectoire actuelle au niveau mondial n’est bonne pour personne. Et ce sujet longtemps tabou est désormais de plus en plus présent dans le débat public, ce qui n’empêche pas pour autant l’aggravation du problème, comme le prouvent de nombreuses études qui démontrent que, proportionnellement, les riches paient moins d’impôts que les foyers les plus modestes.

Une aberration qu’il faut corriger, estime ces plus de 260 milliardaires, dont seul quatre Français font partie. Et de prévenir que « si les représentants élus des principales économies du monde ne prennent pas de mesures pour lutter contre l’augmentation spectaculaire des inégalités économiques, les conséquences continueront d’être catastrophiques pour la société ».

Selon l’institut Survation, près des trois quarts des milliardaires des pays du G20 seraient favorables à une augmentation de l’impôt sur la fortune. Une initiative louée également par l’Observatoire européen de la fiscalité qui plaide pour un impôt minimum de 2 %, ce qui pourrait rapporter quelque 230 milliards d’euros par an. Preuve que cette idée fait son chemin.

En Autriche, une millionnaire réclamant d’être taxée redistribue son héritage

Marlene Engelhorn, une héritière autrichienne de 31 ans, va renoncer à 25 millions d’euros, pour dénoncer « l’échec » des États à stopper l’accroissement des inégalités. « J’ai hérité d’une fortune et par là-même d’un pouvoir, sans avoir jamais rien fait pour mériter cela. Et l’État ne veut même pas que je paie d’impôts sur la succession », dénonce dans un communiqué la descendante du fondateur du géant allemand de la chimie BASF, Friedrich Engelhorn.

Présente à la réunion des élites économiques et politiques cette semaine à Davos, cette militante aux courts cheveux bruns réclame de longue date d’être davantage taxée. À l’instar de centaines de « millionnaires patriotiques » américains, elle a fondé dans le monde germanophone l’initiative « Tax me now ». Avant de passer à l’action après le décès de sa grand-mère en septembre 2022. Elle a concocté une solution originale : 10 000 lettres ont été envoyées ce mois-ci à des citoyens autrichiens sélectionnés au hasard. Au final, 50 noms seront retenus. Leur mission est de proposer des idées « profitant à la société dans son ensemble » pour redistribuer 90% de son héritage.

Des sessions de travail tous frais payés seront organisées dans la ville de Salzbourg entre mars et juin. Marlene Engelhorn ne s’est même pas accordée un droit de regard sur le résultat des discussions. C’est seulement s’il n’y a pas de consensus qu’elle reprendra la coquette somme en jeu, promettant de réfléchir à une nouvelle méthode. Choquée que ceux qui « ont du mal à joindre les deux bouts malgré un boulot à temps plein paient des impôts », quand les taxes de succession ont été abolies en 2008 dans le très conservateur pays alpin, la trentenaire a décidé de prendre les choses en main. « Devant l’échec du gouvernement, à nous de réparer » les injustices, poursuit dans son texte Marlene Engelhorn. En Autriche, rappelle-t-elle, pays sans salaire minimum, « il n’y a pas non plus vraiment d’impôt sur la fortune ».

M. B.