Il a toujours vu la photo en grand et défendu une écriture photographique très exigeante. Jean-François Leroy, cofondateur et directeur historique du plus grand festival de photojournalisme au monde, qui se tient actuellement à Perpignan, dans le sud de la France, est décédé ce lundi 31 août, au matin, à l’âge de 69 ans, des suites d’un cancer.
« Il faut être militant. On est souvent trop passif et, devant le monde dans lequel on vit, il faut prendre des engagements, il faut avoir des engagements militants. Je les assume et je les revendique complètement. » C’est ainsi que Jean-François Leroy nous avait défini sa mission.
Même après sa mort, il restera l’œil mondial du photojournalisme et le fondateur légendaire du festival mythique Visa pour l’image, où l’Afrique a toujours eu sa place. Il avait créé ce rendez-vous au rayonnement mondial en 1989, l’année où le monde basculait, après la chute du mur de Berlin, dans une autre ère. Depuis, Leroy avait défendu sans cesse ce métier de photojournalisme, indispensable pour comprendre les enjeux du près et du lointain que certains, souvent les plus puissants, veulent nous cacher.
L’esprit rebelle de Jean-François Leroy
Pour rendre hommage à l’esprit rebelle et à la rage avec laquelle Jean-François Leroy bravait les obstacles, le festival Visa pour l’image a publié ce lundi matin sur son compte Instagram une photo où le « roi du photojournalisme » faisait un doigt d’honneur. Un pied de nez à toutes les conventions mettant en péril la profession.
Né le 3 octobre 1956, Leroy avait d’abord travaillé en tant que journaliste et photographe avant de devenir la figure de proue du photojournalisme. Pendant près de quarante ans, il a transformé Perpignan, ville du sud de la France, près de la frontière espagnole et de la mer méditerranéenne, en rendez-vous incontournable pour ces femmes et hommes qui parcourent le monde pour nous partager, sous des formes inédites, des faits vérifiés sur des sujets souvent éprouvants.
Cette année, pour la première fois, il n’a pas pu assister à l’inauguration de cette 38e édition du festival, qui a ouvert ses portes le 29 août. Mais, déjà marqué par sa maladie, Jean-François Leroy avait tenu à contribuer à la préparation de cette édition. Il a affronté sa mort en tant que combattant pour la cause du photojournalisme.
« Pour que le photojournalisme puisse continuer »
« Trouver des moyens de survivre pour que le photojournalisme puisse continuer à exister », nous avait-il dit pour définir sa raison d’être. Jean-François Leroy venait alors d’inaugurer une sorte de Grand Palais du photojournalisme sur 1 200 mètres carrés au 35e étage de la Grande Arche de la Défense, à Paris. Un projet qu’il a dû finalement abandonner, mais qui marquait les esprits et montrait sa foi inébranlable dans le pouvoir de la photographie, malgré les défis de l’intelligence artificielle et des images génératives.
Une chose est sûre, malgré sa disparition, à travers Visa pour l’image, l’héritage de Jean-François Leroy continuera à fleurir chaque automne à Perpignan où des photojournalistes du monde entier montrent des dizaines d’expositions aussi rares que précieuses en attendant avec impatience l’attribution des Visa d’or aux fleurons de la profession.
S. F.
INTERFIL ALGERIE Soyez le premier informé