mardi 4 octobre 2022
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Allemagne/Volkswagen relance Porsche à l’assaut de la Bourse

. L’introduction en Bourse de Porsche permettra au constructeur de récupérer une dizaine de milliards.

. Elle sera l’occasion pour les héritiers Porsche de revenir directement au capital de la marque prestigieuse.

Volkswagen lance Porsche à la poursuite de Ferrari. Dans les tuyaux depuis deux ans, annoncée en février dernier, l’introduction en Bourse du fabricant de la 911 a finalement été approuvée par le conseil de surveillance du géant de Wolfsburg : ce dernier va introduire la plus rentable de ses douze marques à la Bourse de Francfort, d’ici à la fin de l’année. L’opération, qui s’annonce comme l’une des plus grosses introductions en Bourse en Europe, doit permettre à Volkswagen de dégager des liquidités tout en accroissant la valorisation de Porsche, aujourd’hui noyée dans celle du groupe. Un peu comme Ferrari, que la famille Agnelli avait scindé de Fiat Chrysler en 2014. La création de deux entités séparées avait permis au Cheval cabré de s’envoler en Bourse : considérée comme une véritable marque de luxe, sa valeur est passée de 10 à 34 milliards de dollars en huit ans. Avec sa mythique 911, ses SUV Cayenne et Macan, et aujourd’hui sa Taycan 100 % électrique, la marque de Volkswagen rêve d’un destin similaire. « Elle génère depuis dix ans une croissance de 9 à 10 % de tous ses indicateurs (volumes, revenus, résultat d’exploitation) », relève Philippe Houchois, analyste chez Jefferies.

A 16 % en 2021, sa marge opérationnelle est largement dans le haut du panier des constructeurs automobile. Les analystes estiment qu’elle vaut à elle seule entre 60 et 85 milliards d’euros – presque autant que l’ensemble du groupe Volkswagen aujourd’hui (87 milliards). Mais la comparaison avec Ferrari s’arrête là. Car, contrairement à Fiat Chrysler qui a sorti Ferrari de son giron, le groupe Volkswagen restera actionnaire de Porsche. Il n’en cédera finalement que 25 %, dont seulement 12,5 % à des investisseurs extérieurs (sans droit de vote). Les autres 12,5 % (avec droit de vote) seront cédés au holding familial Porsche SE, qui détient 32 % du capital et 53 % des droits de vote du groupe Volkswagen.

Un dividende exceptionnel

L’opération permettra au constructeur de Wolfsburg de dégager du cash, au moment où il doit investir des dizaines de milliards d’euros dans la voiture électrique et le logiciel. Compte tenu du dividende exceptionnel qui devrait être versé à ses actionnaires début 2023, il devrait ainsi toucher une dizaine de milliards d’euros. « De quoi solidifier son bilan, aujourd’hui largement constitué de dette hybride », souligne Philippe Houchois. Mais en contrepartie, il perdra chaque année 25 % des bénéfices de la marque de luxe (5 milliards au total l’an dernier). En réalité, c’est surtout pour les familles descendantes du fondateur de Porsche (les Porsche et les Piëch) que l’opération s’avère stratégique. Elles avaient été sorties du capital de la marque il y a dix ans, après avoir tenté de prendre le contrôle de Volkswagen – un épisode qui s’était terminé par l’absorption de leurs bolides par le groupe de Wolfsburg. « Depuis, elles ont perdu les deux tiers de leur richesse », a calculé Philippe Houchois. Revenir directement à son tour de table devrait leur permettre, espèrent-elles, de profiter d’une meilleure valorisation. Mais aussi de détenir un droit de regard sur l’allocation des cash-flows. « Avec 25 % des actions avec droits de vote, “plus une”, le holding familial détiendra une minorité de blocage sur l’allocation des ressources de Porsche, en dehors du dividende ou des investissements dédiés à Porsche », indique Philippe Houchois. En d’autres termes, les liquidités dégagées par Porsche ne pourront plus être utilisées indifféremment par le groupe. Volkswagen invoque aussi sa volonté de « redonner une certaine indépendance entrepreneuriale à Porsche ». « Mais dans les faits, Porsche était déjà géré de façon indépendante », relève l’analyste. La double casquette d’Oliver Blum, à la fois patron de Volkswagen et de Porsche, jette aussi un doute sur l’argument. Face au scepticisme des analystes, qui s’interrogent sur le timing de l’opération et la gouvernance qui en découlera, le directeur financier de Volkswagen, Arno Antlitz, s’est voulu rassurant. « L’opération est à mi-chemin entre une IPO et une scission et, de notre point de vue, très bien équilibrée. C’est le meilleur des deux mondes », a-t-il déclaré. Les investisseurs ont l’air d’avoir été convaincus : le cours de Volkswagen a grimpé de 3,71 % dans la journée de mardi.

Anne Feitz in Les Echos