dimanche 5 février 2023
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Arménie-Azerbaïdjan : derrière la reprise des combats, la question du statut du Haut-Karabakh

À l’origine des derniers affrontements à la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, il y a notamment l’impatience de Bakou de ne pas voir décidé ce que sera le statut futur du Haut-Karabakh malgré sa victoire dans la guerre de 2020.

Les derniers jours ont été sanglants dans le Caucase du Sud. Les combats ont fait au moins 176 morts, principalement des militaires, le long de la frontière entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, après que les forces du premier ont fait irruption sur le territoire de la seconde en plusieurs points.

Ces événements sont les plus graves depuis la fin des 44 jours de la « seconde guerre du Haut-Karabakh », le 9 novembre 2020, au terme de laquelle l’Azerbaïdjan a repris le contrôle d’une partie de la province sécessionniste et de l’ensemble des territoires « occupés » autour de celle-ci.

Les combats, qui avaient éclaté mardi, ont pris fin dans la nuit de mercredi à jeudi « grâce à l’implication de la communauté internationale », a indiqué le Conseil de sécurité nationale arménien. La Russie, médiateur traditionnel dans cette région, avait annoncé une trêve dès mardi matin, mais celle-ci avait été violée pendant deux jours, les deux camps s’accusant mutuellement de bombardements.

Aliev s’impatiente sur la question du statut du Haut-Karabakh

Les événements de ces mardi et mercredi sont d’autant difficiles à comprendre qu’ils font suite à une séquence diplomatique, ouverte ce printemps, qui a laissé entrevoir une possible paix, rappelle notre correspondant régional. Une paix durable, après trois décennies de conflit autour de la province sécessionniste du Haut-Karabagh, enclavée en Azerbaïdjan, placée sous la juridiction de celui-ci par Staline, bien que peuplée essentiellement d’Arméniens.

Dans la déclaration de cessez-le-feu du 9 novembre 2020, signée suite à la médiation du président russe Vladimir Poutine, rien n’est dit quant au statut final du Haut-Karabagh. Vladimir Poutine avait alors expliqué que cette très difficile question ne pourrait être décidée que dans un futur indéterminé.

Or, en tant que vainqueur, le président azerbaïdjanais Ilham Aliev estime que l’affaire est réglée. Ces derniers mois, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, estimant qu’il n’avait plus le choix, a travaillé à établir la paix, en reconnaissant l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan, laquelle inclut donc, implicitement, le Haut-Karabakh. Voilà qui inquiète toute une partie des Arméniens, dont quelques milliers l’ont fait savoir dans les rues d’Erevan ces derniers soirs.

L’Arménie et l’Azerbaïdjan se renvoient la balle à l’ONU

L’Arménie et l’Azerbaïdjan se sont mutuellement accusés jeudi devant le Conseil de sécurité de l’ONU d’être responsables des violents affrontements, tandis que l’ONU notait ne pas être en mesure de vérifier les allégations des deux parties. « Cette agression est la réponse de l’Azerbaïdjan aux efforts de médiation de la communauté internationale », a dénoncé l’ambassadeur arménien auprès de l’ONU, estimant que par ces « actes d’agression », Bakou avait « choisi une solution militaire au conflit ».

L’ambassadeur d’Azerbaïdjan auprès de l’ONU a rejeté toutes les « allégations » de l’Arménie, accusant en retour Erevan de vouloir « torpiller le fragile processus de normalisation post-conflit ». Ces accusations basées sur des « inventions, des déformations et des supercheries montrent que l’Arménie est loin de respecter ses obligations internationales », a-t-il ajouté.

M. B.