mardi 4 octobre 2022
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Business/TransferRoom, l’entremetteur du mercato

Moins d’intermédiaires, plus de transparence… De nombreux clubs sont séduits par la plateforme de networking à l’heure de faire leur marché

Sur le marché des transferts, trouver son bonheur serait donc simple comme un coup de clic. En substance, c’est la promesse de TransferRoom, plateforme qui propose de connecter les clubs à grande échelle et grande vitesse pour ajuster leur effectif. Puisque le sujet est d’abord affaire de réseaux, mais qu’il attire aussi des couches d’intermédiaires plus ou moins gênants, l’idée est de faire au plus direct. Les décideurs des clubs souscripteurs sont ainsi reliés dans une sorte d’intranet : outre le service de messagerie, ils peuvent à la fois afficher leurs besoins et, dans le sens inverse, exposer les joueurs qu’ils sont prêts à céder ou prêter. Éventuellement en révélant les conditions financières et salariales. La discussion peut donc vite s’enclencher. TransferRoom revendique un portefeuille clients de près de 700 clubs. Répartis dans 60 pays et 100 divisions. Quand l’entrepreneur danois Jonas Ankersen, alors tout juste trentenaire, échafaude son projet en 2017, il a en tête d’en faire « un outil aussi important pour les clubs de foot que Bloomberg pour les acteurs de la finance ». Les Anglo-Saxons ont vite suivi, à tel point que la quasi-totalité de la Premier League est dotée du service. En France, 14 clubs de Ligue 1 et 8 de Ligue 2 sont aussi de la partie, Rennes, Metz et le Paris FC étant les derniers entrants. Même le PSG est dans la boucle. « Sauf qu’il ne répond presque jamais quand on le sollicite sur la messagerie, s’amuse un directeur sportif français. Un peu comme les gros clubs anglais, le produit leur est surtout utile pour prêter des joueurs à qui ils ont fait signer un premier contrat pro. » La plupart des écuries haut de gamme disposent même d’un spécialiste de la question, appelé loans manager, comme Felipe Saad à Marseille. TransferRoom estime que, depuis l’été dernier, 50 transactions engageant des clubs français ont été générées à travers le service, dont 80 % avec un homologue étranger. « Par ce biais, j’ai pu échanger avec des dirigeants en Afrique du Sud ou en Colombie, en gagnant un temps considérable », apprécie Brendan MacFarlane, responsable du recrutement à Toulouse. Là-bas, le président Damien Comolli et lui possèdent chacun un compte. Du côté de Grenoble (Ligue 2), après six mois d’essai gratuit, un abonnement de deux ans a été contracté l’été dernier. « J’avais expliqué à mon président que c’était un bon outil, complémentaire de Wyscout, axé sur les vidéos, et InStat, centré sur les data », étaie Laurent Dechaux, le directeur du football, qui a prévu d’en doter son tout nouveau club, l’Aris Salonique (Grèce). Le club isérois y a trouvé matière à une vente importante, celle de Charles Pickel à Famalicão (D1 portugaise) pour 1,5 million d’euros. Le coût d’un abonnement ? Il varie selon l’échelon du club et son standing. En Ligue 2, compter entre 7 000 et 10 000 euros annuels en fonction des options. À l’orée des fenêtres de mercato, la société personnifie les contacts par des forums où sont invités les dirigeants affiliés. Le dernier s’est tenu le 16 juin à Madrid en présence, selon l’organisateur, de 180 acteurs issus de 45 pays. Barcelone, Arsenal et la Juve y avaient par exemple envoyé un émissaire. Au menu, des séances de speed dating : douze minutes chrono en face à face avant de passer à une autre table. Chaque fois, un acteur reconnu se mue en conférencier pour ouvrir la session. En mars, c’était Paul Mitchell, directeur sportif de Monaco. Durant la pandémie, ce Deal Day a perduré en mode visioconférence. Depuis un an, les agents – au sérieux vérifié, assure-t-on – sont autorisés à intégrer la plateforme. Comme une entaille à la philosophie originelle, consistant à faciliter les discussions de gré à gré entre les clubs, au moins dans un premier temps. « À la base, il s’agit d’un réseau fermé, mais là on se retrouve inondé de messages d’agents tout au long de l’année, soupire Laurent Dechaux. Il y a une forme de parasitage. » Et donc le risque de revenir à un modèle de négociation plus classique.

D. B.