vendredi 30 septembre 2022
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Canal+ remporte l’intégralité de la Ligue des champions

La filiale de Vivendi a également racheté la Ligue Europa pour les saisons 2024­2027. La mise totale serait de 480 millions d’euros

Canal+ s’est-­il décidé à ressortir le carnet de chèques dans les droits sportifs ? Le groupe de télévision a remporté le nouvel appel d’offres portant sur la diffusion des droits de la Ligue des champions, de la Ligue Europa et de la Ligue Europa Conférence pour la période de 2024 à 2027. « Mbappé, Ronaldo, Messi, Benzema, De Bruyne, Salah, Mané, Neymar… Les plus grands joueurs du monde, les plus beaux chocs européens et les meilleurs joueurs et clubs français : seulement sur Canal+ », s’est félicitée la chaîne dans un communiqué. Si Canal+ n’a pas révélé le montant de sa mise, celle-­ci serait de 480 millions d’euros, selon L’Equipe. Outre Canal+, BeIN Sports était sur les rangs. Bien qu’il n’ait rien emporté, le réseau qatari se dit satisfait, certain que Canal+ lui sous-licenciera un volume de matchs. « On [en] aura probablement plus qu’aujourd’hui », s’est-­on réjoui en interne. Aujourd’hui, BeIN Sports diffuse 80 % des matchs de la Ligue des champions pour 30 % du contrat total, qui atteint 370 millions d’euros environ. Et Canal+ débourse le solde pour les plus belles affiches.

Attractivité nouvelle

« Le résultat de l’appel d’offres montre aussi que la Ligue des champions est devenue l’élément central de la stratégie football de Canal+, davantage que la Ligue 1, analyse Jean­Pascal Gayant, économiste du sport. Le discours de désintérêt pour le championnat français mis en avant par les dirigeants de la chaîne n’était donc pas du bluff. » En guerre contre la Ligue de football professionnel (LFP), Canal+ répète depuis l’arrivée d’Amazon sur le marché qu’il souhaite sortir de la Ligue 1. Sauf que la LFP, qui devrait lancer fin 2023 son appel d’offres sur la Ligue 1, ne compte plus sur l’argent de Canal+. Elle espère plutôt attirer les GAFA et observe avec gourmandise Apple, qui a acquis pour dix ans les droits du championnat de football aux Etats-­Unis. La Ligue 1 française est amenée à prendre de la vigueur sous l’impulsion du fonds luxembourgeois CVC Capital Partners, qui a injecté 1,5 milliard d’euros dans une société commercialisant ses droits. Au sein de la LFP, on considère par exemple que le contrat signé par Kilian MBappé au PSG pour trois ans témoigne de l’attractivité nouvelle du foot français. Dans ce contexte, Canal+ tenterait-­il de rassurer ses abonnés en détournant l’attention sur la Ligue des champions ? La chaîne aurait demandé à l’UEFA d’avancer son appel d’offres, alors que l’actuel contrat arrive à échéance dans deux ans. Une chose est sûre, elle va pouvoir communiquer auprès de ses clients sur la longévité de la compétition européenne sur ses écrans. Contacté, le groupe n’a pas répondu à nos sollicitations. De son côté, BeIN Sports est satisfait de voir qu’Amazon n’a pas réussi son débarquement dans la Ligue des champions, à laquelle celui­-ci était candidat, comme l’a rapporté L’Equipe. L’entreprise américaine ne fait pas de commentaire. L’appel d’offres de la Ligue des champions, découpé en lots et couvrant un nombre limité de matches, semblait pourtant répondre à sa stratégie de miser sur des droits « premium ». En 2021, l’entreprise de Jeff Bezos avait fait en France une entrée fracassante dans la Ligue 1… à la faveur d’un effet d’aubaine lié à la faillite de Mediapro et aux tergiversations de Canal+ : le géant de l’e­commerce avait emporté 80 % de la compétition pour 250 millions d’euros, quand Mediapro déboursait plus de 700 millions par an. Quel est le degré d’intérêt réel d’Amazon pour le football ? En Allemagne et Italie, l’Américain retransmet en exclusivité un match par journée de Ligue des champions et des rencontres de la Bundesliga. Au Royaume­-Uni, Amazon Prime Video diffuse vingt matchs de la Premier League, jusqu’en 2025. A la LFP, on est très confiant, estimant que le géant de l’e-­commerce aura les moyens d’investir en France. « Cela ne me surprend pas qu’Amazon n’ait pas enchéri de manière très agressive, décrypte Jean­Pascal Gayant. Ces droits ont une cible similaire que ceux de la Ligue 1. » Pour M. Gayant, d’autres sports, comme le Tour de France, correspondrait mieux à la volonté d’Amazon d’élargir sa clientèle.

 

p sandrine cassini et al.p. in Le Monde