mercredi 7 décembre 2022
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Djelfa : soulèvement des Ouled Oum El-Ikhoua en 1854, un refus de l’ordre colonial

Le soulèvement des Ouled Oum El-Ikhoua, le 12 octobre 1854, dans la région de Faidh El-Bitma, mitoyenne des monts Boukhil, au Sud de Djelfa, exprimait un refus de soumission au colonialisme et une révolte contre l’ordre colonial, ont souligné des chercheurs, à la veille de la commémoration de l’anniversaire de cet événement historique.

« Dès l’arrivée des forces coloniales françaises dans la région, la wilaya de Djelfa a été le théâtre de plusieurs soulèvements populaires à travers lesquelles la population locale exprimait son rejet de l’occupant. Parmi elles, le soulèvement des Ouled Oum El-Ikhoua, le 12 octobre 1854, qui exprima la bravoure des enfants de la région et leur refus de soumission à l’ordre colonial », ont indiqué dans un entretien avec l’APS, les deux chercheurs en histoire de la région, Naibi Sennoussi, également professeur à l’université « Ziane Achour », et Slimane Kacem.

Selon M. Kacem, ce soulèvement a été déclenché le 10 octobre 1854, lorsque l’officier français Gilbert quitta Djelfa en direction de la région de Medjbara, avant d’atteindre Ain Naga, théâtre des événements, où la tribu des Ouled Oum El-Ikhoua a attaqué le convoi français, tuant l’officier Gilbert et cinq soldats qui l’accompagnaient.

Cette attaque surprise de plus de 300 hommes de la tribu des Ouled Oum El-Ikhoua contre un convoi militaire français fut « un coup dur pour la France coloniale, qui se croyait en terrain conquis », a relevé le chercheur, d’autant plus que les rebelles ont fait montre d’une « audace inégalable, un signe évident d’un rejet violant de toute soumission à l’ordre colonial », a-t-il dit.

Cette embuscade ne resta pas sans suite, puisque l’officier français « d’Ornano » organisa une offensive contre les Ouled Oum El-Ikhoua, qui se solda par la mort d’une vingtaine d’hommes de la tribu, mais les habitants de la région affrontèrent l’ennemi avec force, si bien qu’ils l’obligèrent à rebrousser chemin.

Le chercheur Kacem, détenteur du prix « 1er novembre 1954 » du ministère des Moudjahidine et Ayants droits, pour deux éditions consécutives (2013 et 2014), a ajouté, qu’après cette attaque, la tribu des Ouled Oum El-Ikhoua est partie se réfugier dans les monts Boukhil, dans l’objectif de rejoindre la région de Touggourt et de se rallier au Chef  de Ouargla à l’époque, Mohamed Ben Abdallah.

La tribu a été, néanmoins, pourchassée par les commandants « Pein » et « Dubaray » le 13 octobre, un fait ayant contraint les Ouled Oum El-Ikhoua à se diriger vers l’Oued Tindjakh (Sud de la région). Là, ils furent attaqués de nuit par les fantassins français, qui tuèrent 80 hommes de la tribu, mais aussi 8000 moutons et 800 chameaux.

Nécessité d’une approche historique prenant en compte la propagande coloniale

Quant au chercheur Messaoud Bensalem, historien spécialisé dans la région des Ouled Nail, et fondateur du site électronique « Kheimate Atourath » (tente du patrimoine), il a cité la révolte des Ouled Oum El- Ikhoua parmi « les plus importants événements ayant marqué la résistance populaire dans le sud du pays », appelant à « une approche historique de ce fait d’armes, et son intégration dans ses contextes international et local, tout en prenant compte la propagande médiatique de l’époque, pour en comprendre les spécificités ».

« Cette révolte a constitué un prélude aux résistances populaires », a relevé cet historien, estimant qu’au-delà du fait qu’il s’agisse d’un « haut fait d’armes », le soulèvement des Ouled Oum El-Ikhoua, a constitué « une réponse forte à la propagande coloniale », a-t-il ajouté.

Il a souligné l’inscription de cette révolte dans deux contextes précis. Un contexte mondial, marqué par les festivités de célébration, par les « bureaux arabes » français, de la victoire dans la guerre de Crimée, tandis que le 2e contexte était représenté par le lancement du projet d’implantation des postes militaire permanents dans le désert des Ouled Nail.

Un fait à l’origine du lancement de la campagne de l’officier « Colonna d’Ornano » vers le désert de Messaâd, pour étudier la région, restée jusque là sans poste militaire fixe.

Le soulèvement des Ouled Oum El- Ikhoua a constitué un « coup dur pour la France, touchée ainsi dans son orgueil, au moment où elle fêtait sa victoire dans la guerre de Crimée, que les bureaux arabes et la revue du missionnaire voulaient exploiter pour donner (de la France) l’image d’une puissance invincible », a affirmé le chercheur Bensalem.

Les deux historiens Sennoussi et Kacem ont affirmé que Djelfa était aux premiers rangs des régions du pays qui se sont soulevées contre le colonialisme français, citant pour preuve la tribu des Ouled Oum El-Ikhoua, qui a fait montre d’un « esprit révolutionnaire sans pareil refusant la soumission à l’ennemi ».