jeudi 18 juillet 2024
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Élections au Mexique : près de 100 millions de personnes attendues aux urnes

Ce dimanche 2 juin, près de 100 millions de Mexicains sont appelés aux urnes. Il s’agit des plus grandes élections de l’histoire du pays – plus de 20 000 mandats sont en jeu, également les plus violentes puisque au moins 31 candidats ont été assassinés depuis de début de la campagne. À l’issue de ce scrutin, une femme devrait être élue présidente. Une première dans ce pays réputé pour son machisme et ses violences de genre.

Une grande partie de la vie publique mexicaine doit être renouvelée ce dimanche, à commencer par la présidence : trois candidats sont en course, parmi lesquels deux femmes en tête : Xochitl Galvez (droite) et Claudia Sheinbaum (gauche). Cette dernière, ex-maire de Mexico, possède une très large avance dans les sondages.

Le Mexique doit aussi élire l’intégralité du Congrès. Il comprend deux chambres, l’une avec 500 députés et l’autre de 128 sénateurs.

Sur ce point, même si le parti au pouvoir est à peu près certain de conserver sa majorité, il joue la majorité absolue, indispensable à l’actuel chef de l’État, Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO), pour faire passer plusieurs réformes avant de quitter ses fonctions.

Au niveau local, neuf États votent pour leur gouverneur, dont la ville de Mexico. Dans la capitale, le parti au pouvoir – le Mouvement pour la Régénération nationale (Morena) – avec Clara Brugada est bien parti pour l’emporter. Ailleurs, le panorama est beaucoup plus contrasté.

Enfin, plus de la moitié des 2 469 municipalités du pays élisent leurs maires et conseils municipaux, soit au total plus de 20 000 mandats locaux et fédéraux à travers tout le Mexique.

La dauphine du président sortant est la grande favorite

Sauf énorme surprise, Claudia Sheinbaum, l’ancienne maire de Mexico, devrait emporter le scrutin face à sa rivale de droite Xochitl Galvez.

Les sondages lui donnent entre 10 et 20 points d’avance. Elle surfe sur l’énorme popularité du président AMLO, qui a réussi à sortir des millions de Mexicains de la pauvreté.

L’insécurité a été le thème majeur de la campagne et le talon d’Achille du président AMLO. En six ans, il n’a pas su faire baisser la violence dans un pays qui compte environ 80 homicides par jour. Ce bilan a été pointé du doigt par le troisième candidat en lice, Jorge Alvarez Maynez, du Mouvement Citoyen, le seul homme de cette course à la présidence. Sa campagne, dynamique et orientée vers la jeunesse, ne lui aura pas permis de peser sur le scrutin.

Xochitl Galvez, une ascension sociale rare au Mexique

De la même manière, Xochitl Galvez accuse un retard dans les sondages. Cheffe d’entreprise, elle a été maire de l’arrondissement Miguel Hidalgo à Mexico et sénatrice.  Elle emmène la coalition de droite « Force et Amour pour le Mexique », composée de trois partis de droite : les Partis action nationale (PAN), révolutionnaire institutionnel (PRI) et de la révolution démocratique (PRD). Le PRI et le PAN sont associés à des décennies de corruption politique.

Initialement candidate à la mairie de Mexico, elle surgit tardivement comme une figure présidentiable au sein du camp opposé qui a passé tout le sexennat sans dirigeant. Une dispute médiatique avec AMLO la propulse sur le devant de la scène. Elle s’est fait une place dans la présidentielle en attaquant sa personnalité et son hyperprésidence.

Xochitl Galvez casse les codes de la droite. Avec son franc-parler et sa personnalité extravertie, elle défend ses origines modestes et son parcours de femme qui a réussi toute seule grâce à l’entrepreneuriat. Elle incarne une ascension sociale rare au Mexique : enfant pauvre de père indigène, vendeuse de rue dans sa jeunesse, elle est devenue femme d’affaires prospère.

L’une de ses sympathisantes indique que « Xochtil est une représentante digne pour tout le pays. On l’aime comme elle est et je sais qu’elle va être juste pour tous. Elle va savoir gouverner, car elle a su s’entourer de bons conseils. C’est une bonne personne, elle est très intelligente. »

Iztapalapa, le laboratoire de la gauche au pouvoir

Andres Manuel Lopez Obrador ne peut plus se présenter, mais son héritage devrait être préservé si sa dauphine et grande favorite du scrutin, Claudia Sheinbaum, venait à lui succéder.

Offrant une image tant sérieuse et combative, que détendue et amicale quand elle joue des airs de guitare avec des partisans, Claudia Sheinbaum a mené une campagne électorale sans fautes. Lors de son dernier meeting à Mexico, plus de 500 000 personnes sont venues la soutenir.

Elle promet de continuer sur la même lignée, en poursuivant par exemple les programmes sociaux qui ont fait le succès d’AMLO et transformé certains quartiers de la capitale.

Iztapalapa, l’arrondissement le plus peuplé de Mexico, est devenu le laboratoire de la gauche au pouvoir. Ce quartier dynamique est défavorisé et le théâtre de violences. Mais les choses changent, notamment grâce au parti Morena qui a mis en place des lieux culturels appelés les Utopies.

Sarah, 13 ans, vient nager dans l’un de ces centres. Elle explique à notre envoyé spécial à Mexico que « le quartier est devenu plus sûr, avec ce qu’a fait le président AMLO. Les rues sont illuminées le soir et nous avons l’impression d’être plus en sécurité qu’auparavant ». Sarah « aimerait bien qu’AMLO reste président ».

Le rappeur Oscar est l’incarnation de cette transformation. Celui qui est allé en prison est aujourd’hui un modèle pour les jeunes de ce quartier. « Je pense que je suis un symbole… Je suis la preuve qu’il est possible de quitter un environnement compliqué et de faire de bonnes choses ». Oscar assure qu’il votera pour le parti Morena ce dimanche. Il espère que la transformation d’Iztapalapa se poursuivra.

M. B.