mardi 27 février 2024
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Evocation de « Mezghenna » à Alger dans une fusion prolifique des genres

« Moughanna wa maâna fi el hadith âan Mezghenna » (chants et sens à l’évocation de Mezghenna), une fusion prolifique des genres, qui a réuni, samedi à Alger, le conte et la poésie aux Orchestres symphonique et andalou de l’Opéra d’Alger, ainsi qu’au Ballet de cette grande institution culturelle.

Organisé à l’Opéra d’Alger Boualem-Bessaïh à l’occasion du 61e anniversaire du Recouvrement de la Souveraineté nationale, ce concert multidisciplinaire s’est déroulé sous la direction artistique de Fatma Zahra Senouci Namous, également directrice de ce bel édifice, dédié essentiellement aux Arts de la scène.

Les deux orchestres, symphonique et andalou, sous les directions respectives des maestros, Lotfi Saidi et Naguib Kateb, ont étalé une suite de pièces du riche répertoire de la musique andalouse, traitant de la thématique de la ville de Mezghenna.

Cette ville millénaire a également été exprimée par la grâce du mouvement et la beauté du geste, dans des chorégraphies hautement esthétique, véhiculant l’esprit de la tradition ancestrale, signées Noureddine Keddour, ainsi que par la parole ciselée du conte et de la poésie rendue par la conteuse Sihem Kennouche et le poète Abdelmoumen Haoua.

Alternés par les interprétations des cantatrices aux voix suaves, Manel Gherbi, Lamia Madini et Esma Alla, ainsi que celle du ténor Karim Boughazi, le conte, déroulé en épisodes, racontait l’histoire de « Lallahoum », fille d’un riche commerçant, notable de la ville, qui, de la fenêtre de sa chambre, voit arriver par la mer, un jeune marin qu’elle n’avait jusque-là jamais vu.

De l’autre côté, Sid Ahmed, un marin pêcheur vivant modestement et qui, sans rien préméditer, amarrait son embarcation face à la fenêtre de la chambre de celle qui allait vivre avec lui, non sans qu’ils n’aient eu à surmonter les humeurs défavorables à leur union de leurs entourages respectifs.

Après « Touchia Noubet Soltane » Karim Boughazi et sa voix de ténor, et les cantatrices se sont plusieurs fois succédées-les sopranes changeant de robes à chaque nouvelle apparition-, pour marquer de leurs interprétations qui ont enchanté l’assistance, l’évolution de la romance entre « Lallahoum » et « Sid Ahmed ».

Ainsi, Lamia Madini a rendu entre autres pièces, « Istikhbar araq », « Acharet bi tarfi el ayni », « N’çraf araq Saraka ‘L’ghosno » et « Kadiria Djarka Chahr Laâwachir », alors que Manel Gherbi a, quant à elle, entonné les pièces, « Kadiria Zidène, Zahra maqi m’nez’har », « pièce de la nouba H’çin », « Derdj, Mali Hayem » et « Kh’las, Mahla el âchiya ».

Esma Alla a, de son côté, enchanté le public nombreux avec notamment, « B’taihi H’çin, Ya âchiqin baâd el habib », « Ayni ch’ket mâa qalbi » et « Kadiria Moual, Idha hayedj’ni gharamek », et Karim Boughazi avec, « M’seddar H’çin, Tahia bikoum », « Kadiria Araq, Mahla woussoulek wa melkaq ».

Dans une scénographie, œuvre de Youcef Abdi, les deux orchestres totalisant plus d’une soixantaine d’instrumentistes ont occupé le fond de la scène, laissant la partie avant aux ballerines et aux danseurs du Ballet de l’Opéra d’Alger qui se sont investis en solo et en duo, formant ainsi, de belles figures de symétrie, sous un éclairage feutré ou vif qui a créé des atmosphères de grands soirs.

La fusion musicale de l’orchestre symphonique avec celui de musique andalouse a été des plus concluantes, car donnant une assise harmonique aux belles variations modales du patrimoine andalou, montées sur des cadences rythmiques irrégulières qui caractérisent cette musique savante.

A l’issue de la prestation, le public qui s’est délecté près de 110 mn durant, a longtemps applaudi cette belle fusion des genres inédite et les artistes qui l’ont brillamment conduite.

M. B.