mercredi 7 décembre 2022
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France : après le limogeage d’un préfet de police, des centaines d’agents manifestent

La police judiciaire est sous le choc en France. Le responsable de la zone sud de la France a été limogé, apparemment sanctionné après une action de ses policiers opposés à une réforme de la PJ, jeudi 6 octobre, lors d’une visite du patron de la police nationale. En réaction, plusieurs centaines d’agents ont manifesté dans différentes villes de France. 

Depuis son annonce, la réforme de la police suscite une énorme réticence. Tous les services d’un département seraient placés sous une même direction, dépendant du préfet.

Du côté de la police judiciaire, on craint de lourdes conséquences sur la capacité des agents à enquêter sur les affaires les plus sensibles. En déplacement à Marseille ce jeudi 6 octobre, Frédéric Veaux, le directeur de la police nationale, a fait les frais de cette opposition. Il a été accueilli par 200 policiers opposés à la réforme et a dû frayer au travers d’une haie d’agents, restant bras croisés et silencieux.

Un accueil qu’il n’a que peu goûté : 24 heures plus tard, Eric Arella, patron de la zone sud de la PJ était limogé sans préavis. Du côté de la direction de la police nationale, on ne s’en cache pas auprès de nos confrères de l’AFP : il paie le prix de sa déloyauté.

Eric Arella est soutenu par les magistrats. Dans un geste fort, l’Association française des magistrats a publié un communiqué dans lequel elle dénonce une éviction « inquiétante » et un mode de gestion « autoritariste ».

Des centaines de policiers sont descendus vendredi dans la rue, partout en France, pour protester contre son éviction.

200 policiers rassemblés à Marseille 

À Marseille, rapporte notre correspondant,  ils étaient 200 policiers à lui rendre hommage.

« J’ai 25 ans de police, c’est la première fois que je vois ça, affirme Christophe, commandant de police. C’est vraiment une réaction d’enquêteur, ils ne comprennent pas que notre directeur, parce qu’il a peut-être émis des opinions qui ne convenaient pas au directeur général, saute comme ça d’une heure sur l’autre. »

« Mes collègues lui ont fait une haie d’honneur, dans le silence le plus total, poursuit Christophe, dont les collègues ont participé à la contestation organisée lors de la visite de Frédéric Veaux. L’idée c’était de ne pas être insultant, et d’être respectueux, mais de montrer que nous étions là, d’une part, et surtout de ne pas mettre Monsieur Arella en porte-à-faux. Donc, on voulait faire quelque chose de professionnel. »

Thomas, lui, est vent debout contre cette réforme qui vise à rassembler tous les policiers de chaque département sous l’autorité d’un seul directeur nommé par le préfet.  « La crainte des effectifs de police judiciaire, explique-t-il, c’est de devoir aller aider leurs collègues de sécurité publique, qui sont débordés par le volume des affaires à traiter, et, ce faisant, ils n’auront plus du tout le temps, ni les moyens, d’assurer leurs missions à eux. »

Les policiers de la PJ de Marseille ont décidé jusqu’à nouvel ordre de déposer les armes.

Colère à Nantes

À Nantes, aussi une quarantaine de fonctionnaires de la PJ se sont réunis pour protester.

Tous en ligne devant le commissariat, décrit notre correspondant à Nantes, masqués, avec leur insigne police judiciaire barré. Un à un, les agents jettent leurs menottes ou leur brassard de police sur le sol. Un signe d’opposition dans un secteur qui a pour habitude d’être discret. Mais la PJ est en colère, les policiers dénoncent une réforme qui va réduire l’enquête pour la présence sur le terrain.

« Cela n’a pas de sens, c’est de la communication, s’énerve un grand gaillard barbu, à la PJ nantaise depuis plus de 20 ans. Mettre du bleu sur le terrain c’est bien, mais il faut de l’enquête pour faire face aux criminels ! »

Et pourtant, personne n’ose parler au micro, par peur des conséquences. « On ne peut pas, vous avez vu ce qui arrive à ceux qui osent s’opposer. J’ai une famille à nourrir, il y a trop à perdre », souffle une des policières présente.

Dégoûtée, en colère, dans l’incompréhension, la policière en veut à sa direction, et les mots sont forts. Cette enquêtrice parle même de « comportement dictatorial » à propos du traitement réservé aux directeurs qui s’opposent à cette réforme.

R. I.