dimanche 4 décembre 2022
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Fusion prolifique des genres, dans « Taâbir », le nouvel album de Karim Boughazi

« Taâbir » (Expressions), une fusion musicale prolifique des écoles andalouses d’Alger et de Tlemcen ouverte sur la modernité, écrite, composée et interprétée par Karim Boughazi qui aborde à travers une dizaine de titres, plusieurs thématiques exprimant les joies et les tourments du poète à l’écoute des siens et de sa cité.

Sorti récemment aux éditions « Mechouer », ce nouvel album riche en créativité, offre aux mélomanes, durant une quarantaine de minutes de bonne écoute, huit titres aux contenus authentiques et aux formes modernes, qui connaissent une adhésion croissante du public sur les plate-formes digitales.

Fruit d’un travail de recherche approfondi, « Taâbir » invite à une randonnée onirique à travers de belles variations rythmiques et modales qui s’enchaînent sur les tonalités du Sehli, Jarka , Raml El Maya, Mezmoum , Aâraq, Mouel et Sika, entre autres, savamment rendues dans une orchestration marquée par la densité des instruments à cordes qui s’ouvre sur d’autres sonorités et genres musicaux aux intonations modernes.

Ce nouvel opus à thèmes représente une première expérience dans le parcours artistique de Karim Boughazi, dans la mesure où il chante sur ses propres textes et musiques, à l’instar de la dernière pièce de l’album, « Qouloulou yaâtef wi hann », qui s’inscrit dans la continuité du Hawzi, et où l’artiste a essayé d’écrire dans le style des grands poètes du XVIe siècle.

« J’étais bien inspiré et j’ai utilisé le dialecte de l’époque et donc, le même niveau de langue, avec des paroles aux signifiances d’antan », explique le ténor à la voix présente et étoffée.

Autre chanson à dimension anthropologique, écrite par Karim Boughazi, « Yal el ghalia, ya Tlemcen » qui passe en revue dans un lyrisme singulier, les rues et les cités du nouveau Tlemcen, constituant une suite de la pièce « Ya dhaw aâyani » que le grand poète Bensahla avait écrite à l’époque, pour évoquer les anciens quartiers de cette belle ville millénaire de l’Ouest algérien.

Dans un produit bien réfléchi où l’artiste a largement pris le temps de mûrir ses conceptions poétiques et musicales, les autres titres évoquent des moments importants dans le parcours d’une vie, joyeux ou mélancoliques, vécus dans la solitude ou en groupe, abordant les tourments et les usages récurrents de la société, en lien avec la tradition ancestrale.

Ainsi, et dans les pièces « Ines » et « Mâak enti » le chanteur s’abandonne au lyrisme romantique dans un timbre vocal aux intonations de crooner, et livre les petits secrets du cœur, dans ses joies et sa mélancolie, tentant d’explorer l’instinct féminin et le ressenti de deux êtres qui s’aiment.

Les pièces « Sbah’koum belkheir » et « Ya Mawtini », renvoient à d’autres référents sociaux, rappelant l’importance et le bien-être de vivre parmi les siens, ainsi que le patriotisme et la fierté d’appartenir à ce grand pays qu’est l’Algérie.

Comptant à son actif une dizaine d’albums et un coffret de quatre CD entièrement dédiés aux différentes Nouba, Karim Boughazi, fervent défenseur de la chanson andalouse et algérienne, tient, par sa persévérance et la qualité des produits qu’il propose, une place prépondérante dans le paysage culturel de la chanson algérienne.