mardi 27 février 2024
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Gaza : Clarissa Ward, reporter de CNN, a pu entrer dans l’enclave sans la supervision de Tsahal, elle témoigne

La journaliste rapporte les « horreurs épouvantables » qu’elle a constatées à Gaza, dans les rues et pendant sa visite de l’hôpital de campagne.

Constater l’horreur, rapporter l’indicible. La correspondante internationale en chef de CNN, Clarissa Ward, a pu pénétrer dans la bande de Gaza sans la supervision de l’armée israélienne, alors que le territoire est toujours pilonné par les frappes de Tshahal. Une première depuis le début de la guerre.

En effet, depuis le 7 octobre, le passage d’Erez entre Israël et Gaza est fermé, interdisant l’entrée aux journalistes. C’est l’armée israélienne qui autorise ou interdit aux reporters de pénétrer dans l’enclave. Et, en cas de feu vert, cela doit se faire sous leur surveillance. Clarissa Ward a réussi à déjouer ce protocole strict et dévoile ce jeudi 14 décembre le chaos qu’elle a pu constater sur place.

Dans son reportage, la correspondante explique avoir bénéficié avec son équipe d’une « position très privilégiée ». « Nous nous sommes sentis relativement en sécurité, nous n’avons été au sol que quelques heures. », Ajoute-t-elle.

« L’horreur de la guerre moderne »

Quelques heures suffisantes pour avoir un aperçu de l’état catastrophique de la bande de Gaza et de ses habitants. Concernant les dégâts matériels, « je peux honnêtement dire que je ne pense pas que nous en ayons jamais vu à cette échelle. », estime-t-elle.

Bâtiments soufflés, rues dévastées, jonchées de détritus et cernées d’eaux stagnantes à cause des récentes pluies, Clarissa Ward évoque « l’horreur de la guerre moderne ».

« Malgré les bombardements intenses, les gens errent dehors comme des zombies – essayant peut-être de réfléchir à leur vie, peut-être n’ayant rien d’autre à faire », décrit encore la journaliste sur CNN. Puis vient la visite de l’hôpital de campagne des Émirats.

« Même notre chirurgien a été choqué »

Difficile de contenir son émotion face aux lits d’hôpitaux occupés par de jeunes enfants gravement blessés, traumatisés, et des adultes mutilés, amputés. La reporter parle avec une petite fille, totalement prise dans un plâtre. « Ils ont bombardé la maison en face de nous, puis notre maison. J’étais assis à côté de mon grand-père, et mon grand-père me tenait dans ses bras, et mon oncle allait bien, donc c’est lui qui nous a fait sortir. », explique la fillette, à côté de sa maman, en pleures.

Dans le reportage de CNN, à peine passée l’entrée de l’hôpital, la détonation d’une frappe aérienne se fait entendre à proximité. « C’est la vraie vie », réagit simplement le directeur médical de l’hôpital, Al-Naqbi. Il explique que cela arrive au moins 20 frappes par jour. « Je pense que nous nous y sommes habitués. », ajoute-t-il.

Plus tard, il raconte avoir reçu un patient « avec une blessure à la tête et des vers sortaient de la blessure ». « Nous ne pouvons pas expliquer à quel type d’environnement ils [les patients, ndlr] ont été exposés, et médicalement, je ne peux pas expliquer à quel point cette situation était sale. Même notre chirurgien a été choqué. »

« Le monde ne nous écoute pas », a dénoncé une patiente âgée de 20 et amputée d’une jambe. « Personne ne se soucie de nous, nous mourons depuis plus de 60 jours, à cause des bombardements, et personne n’a rien fait. »

Au moins 63 journalistes tués depuis le 7 octobre

La France a exprimé jeudi ses « préoccupations sur le lourd tribut » payé par les journalistes dans le conflit entre Israël et le Hamas et a souligné poursuivre ses efforts pour faire sortir de la bande de Gaza les journalistes travaillant avec l’AFP.

Au moins 63 journalistes et employés de médias – 56 Palestiniens, 4 Israéliens et trois Libanais – sont morts depuis le 7 octobre, selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Une quarantaine de journalistes collaborant avec l’AFP et leurs ayants droit espèrent sortir de la bande de Gaza.

« Nous maintenons nos efforts s’agissant des employés de l’AFP », a déclaré lors d’une conférence de presse Christophe Lemoine, porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères, rappelant qu’il s’agissait « d’une opération complexe ».

« Nous avons travaillé depuis le mois d’octobre à permettre la sortie de la bande de Gaza des Français sur place ainsi que de leurs ayants droit et nous avons assuré la sortie des agents palestiniens de l’Institut français de Gaza », a-t-il rappelé, ajoutant que Paris avait déjà permis la sortie de 154 personnes au total.

C. T.