vendredi 14 juin 2024
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« Ils nous ont fait subir des choses inimaginables » : un Gazaoui raconte sa détention par l’armée israélienne

Il y a quelques semaines, les images des Gazaouis arrêtés par l’armée israélienne, dénudés, les yeux bandés et les mains liées dans le dos, ont fait le tour du monde. Depuis, la majorité d’entre eux ont disparu. Ils seraient des centaines, voire des milliers, à être actuellement détenus dans une base de l’armée israélienne dans le désert, selon des médias israéliens. Accusés initialement d’appartenir au Hamas, certains ont finalement été relâchés.

Si aucun lien n’a été établi entre les civils détenus et le Hamas, ces civils affirment avoir été « torturés » dans ce qui ressemble à un Guantanamo à l’israélienne. Bahaa Abu Rukba a 24 ans et il est secouriste au Croissant-Rouge palestinien à Gaza. En décembre dernier, il est arrêté par l’armée israélienne dans le nord de l’enclave. Il passe vingt-et-un jours en détention.

« Je vous jure que j’ai l’impression d’avoir passé vingt-et-un ans en prison, à cause de la torture. Je ne sais même pas où j’étais, sur une base militaire, je crois. Mais pas une fois, je n’ai vu la lumière du jour », raconte-t-il.

Durant sa détention, Bahaa enchaîne les interrogatoires : « On passait jusqu’à 21 heures à genoux, chaque jour. Ils nous ont fait subir des choses inimaginables. Ils me disaient : « Tu es membre du Hamas ! » Je répondais que je travaillais pour une organisation humanitaire. Ils ne m’ont pas cru, et m’ont soumis à la torture. Ils me mettaient tout nu, pieds et poings liés. Ils me frappaient dans les parties intimes. Je vous passe les détails, mais j’ai subi des traitements humiliants et dégradants. Il y avait même une soldate qui me giflait. »

« On n’est pas là pour vous nourrir, mais pour vous maintenir en vie »

Le jeune homme affirme qu’il a été torturé et qu’il a été privé de sommeil et de nourriture. « Ils nous donnaient une boîte de thon pour cent détenus, un concombre et un peu de pain le soir. Même pas assez pour un oiseau. Ils nous ont dit : « On n’est pas là pour vous nourrir, mais pour vous maintenir en vie, et continuer de vous torturer. » Ils nous ont menacés de nous amputer, ou encore de prélever nos organes. »

Après trois semaines de calvaire, Bahaa Abu Rokba est relâché et renvoyé dans le sud de la bande de Gaza. Il travaille de nouveau comme sauveteur secouriste au Croissant-Rouge palestinien.

De son côté, l’armée israélienne affirme que « les traitements violents envers les détenus sont interdits et contraires à ses valeurs ».

S. B.