mercredi 22 mai 2024
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Le réalisateur israélien Yuval Abraham, descendant de survivants de la Shoah, accusé d’antisémitisme

Yuval Abraham, juif, Israélien, dénonce « l’apartheid » en Cisjordanie occupée. Son film No Other Land (Pas d’autre terre), coréalisé avec d’autres militants palestiniens et israéliens, vient d’être primé à Berlin. Il a remporté le prix du meilleur documentaire. Ce militant pour la paix est, depuis, la cible de l’extrême droite israélienne.

Au moment de recevoir son prix, Yuval Abraham monte sur scène avec son coréalisateur palestinien Basel Adra. Yuval Abraham prononce ce discours. « On se tient ici, devant vous. Avec Basel, nous avons le même âge. Je suis Israélien, Basel est Palestinien. Dans deux jours, nous retournerons sur une terre où nous ne sommes pas égaux. Je vis sous un régime de loi civile. Basel vit sous un régime de loi militaire. Nous habitons à une demi-heure l’un de l’autre, mais moi, j’ai le droit de vote et Basel ne l’a pas. Je suis libre de me déplacer comme je le veux sur cette terre, mais Basel, comme des millions de Palestiniens, est enfermé en Cisjordanie occupée. Cette situation d’apartheid entre nous, cette injustice, doit cesser ».

Plusieurs politiques allemands crient à « l’antisémitisme »

Ce discours est qualifié d’ « antisémite », par la télévision publique israélienne. Et à Berlin, là où il a été prononcé, les autorités allemandes le jugent « inacceptable ». Notamment le maire de Berlin. « L’antisémitisme n’a pas sa place à Berlin, et cela vaut également pour la scène artistique. J’attends de la nouvelle direction de la Berlinale qu’elle veille à ce que de tels incidents ne se reproduisent plus », a réagi le maire de Berlin, Kai Wegner.

Depuis, Yuval Abraham reçoit des menaces de mort. Il a dû annuler son vol retour en Israël. Des militants de l’extrême droite israélienne se sont rendus à son domicile familial. Les membres de sa famille ont également été menacés et ont dû fuir vers une autre ville israélienne. Malgré ces pressions, le jeune réalisateur reste droit dans ses bottes. Il dit « assumer chacun de ses propos ».

Il pointe l’irresponsabilité des médias israéliens. Et l’instrumentalisation de ses propos par des politiciens allemands dont le but, selon lui, est « de faire taire toute critique à l’encontre d’Israël ». La porte-parole du gouvernement allemand affirme « qu’il est inacceptable que l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre n’ait pas été mentionnée » lors du discours à la Berlinale.

Menaces de mort

« Quelle audace », s’insurge Yuval Abraham sur son compte X (anciennement Twitter). « Être accusé d’antisémitisme par des politiciens allemands, lorsqu’on a une grand-mère née dans un camp de concentration, et lorsqu’on a perdu une partie de sa famille exterminée par les nazis durant l’Holocauste, est scandaleux. »

Yuval Abraham dit également s’inquiéter pour la vie de son ami et coréalisateur palestinien Basel Adra. Car il vit dans les Territoires palestiniens occupés, à Massafer Yatta. Cette région, au sud de la ville palestinienne d’Hébron, est entourée de colonies israéliennes. Le film documentaire de Basel Adra et de Yuval Abraham, No Other Land, retrace justement l’histoire de l’expulsion brutale des Palestiniens de leurs villages, dans cette région déclarée zone militaire par l’armée israélienne.

S. B.