mardi 27 février 2024
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Remaniement en France : la Première ministre Élisabeth Borne a remis la démission de son gouvernement

La Première ministre française Elisabeth Borne a remis lundi 8 janvier 2023 la démission de son gouvernement, acceptée par le président Emmanuel Macron qui l’a remerciée pour son travail « exemplaire » au « service de la Nation ». En 20 mois passés à la tête du gouvernement, Élisabeth Borne a assumé la très impopulaire réforme des retraites et la très controversée loi sur l’immigration.

La Première ministre Élisabeth Borne a estimé lundi qu’il était « plus que jamais nécessaire de poursuivre les réformes », dans sa lettre de démission remise à Emmanuel Macron. « Alors qu’il me faut présenter la démission de mon gouvernement, je voulais vous dire combien j’ai été passionnée par cette mission, guidée par le souci constant, que nous partageons, d’aboutir à des résultats rapides et tangibles pour nos concitoyens », a écrit Élisabeth Borne, actant la « volonté » du chef de l’État de « nommer un nouveau Premier ministre ».

Dans un message sur le réseau social X (anciennement appelé Twitter), Emmanuel Macron a remercié la cheffe du gouvernement « de tout cœur » pour son travail « exemplaire » au « service de la Nation ».

Élisabeth Borne et son équipe assureront les affaires courantes jusqu’à la nomination du nouveau gouvernement.

Une trentaine de motions de censure, 23 recours au 49.3

Celle qui fut de tous les gouvernements depuis 2017 estime dans sa lettre de démission qu’il est « plus que jamais nécessaire de poursuivre les réformes afin de donner sa chance et des perspectives à chacun au sein de la République et de bâtir une France plus forte et plus juste dans une Europe plus souveraine ».

Le président doit lui-même dévoiler ses intentions dans un énigmatique « rendez-vous avec la Nation » annoncé en janvier.

Mme Borne a dû affronter près d’une trentaine de motions de censure et a recouru 23 fois à l’article 49.3 de la Constitution. Dans sa lettre, elle se félicite toutefois d’avoir fait adopter « dans des conditions inédites au Parlement, les textes financiers, dont la réforme des retraites, la loi relative à l’immigration, et plus de cinquante lois qui répondent aux défis de notre pays et aux préoccupations des Français ».

« Hors textes financiers, nous avons su bâtir des majorités de projet dans l’esprit de dépassement de votre élection en 2017 », souligne encore Mme Borne, qui a dû composer durant vingt mois avec une majorité relative à l’Assemblée issue des législatives de juin 2022.

Elle s’est aussi dite « fière que la France soit désormais dotée d’une planification écologique complète et robuste », présentée en septembre dernier.

Peine à établir une connexion avec les Français

Discrète, parfois austère à l’excès, souvent une cigarette électronique à la bouche, l’ancienne préfète de 62 ans est la deuxième femme à occuper ce poste. Elle y aura largement dépassé le mandat (10 mois et 18 jours) de sa prédécesseure Édith Cresson, nommée il y a plus de trente ans.

Mais cette femme réputée techno et sans affect, voire manquant d’empathie, a peiné à établir une connexion avec les Français et a connu des dissensions avec le président.

Privée de majorité absolue, elle aura été surtout plusieurs fois fragilisée rue de Varenne, où elle avait planté à son arrivée un chêne vert au feuillage persistant.

D’abord en déclenchant une vingtaine de 49.3 pour permettre l’adoption sans vote des textes budgétaires. Dans l’indifférence générale, à l’exception de la réforme des retraites, pour laquelle elle échappe à la censure à seulement neuf voix.

S’en suit une feuille de route qu’elle observe à la lettre après des mésententes avec le président de la République qui s’agace mais finalement la maintient à son poste.

Sur la loi immigration, rejetée par l’Assemblée avant d’être adoptée avec le soutien de la droite et de l’extrême droite, sa majorité se fracture et le ministre de la Santé Aurélien Rousseau démissionne.

Une députée pointe une « bosseuse » mais qui « n’incarnait pas »

L’ancienne conseillère de Lionel Jospin, qui se définit comme « une femme de gauche » animée par « la justice sociale et l’égalité des chances », aura mangé son chapeau pendant son mandat à Matignon : obligée de composer avec la droite pour faire passer des textes, sans y parvenir sur les retraites et moyennant un net durcissement sur l’immigration.

Lors de son discours de politique générale en juillet 2022, elle s’était pourtant présentée en « infatigable bâtisseuse » de « majorités de projet ».

« Une majorité relative n’est pas, et ne sera pas, le synonyme d’une action relative », avait-elle insisté. Aujourd’hui, elle peut se prévaloir d’une soixantaine de textes adoptés sans recours au 49.3, dont 24 projets de loi.

Beaucoup dans la majorité admettent, comme cette députée Renaissance, qu’Elisabeth Borne a été « sérieuse et bosseuse mais qu’elle n’incarne(ait) pas », pointant une « faiblesse politique ».

« On ne peut pas lui faire un procès en déloyauté, mais un procès en manque de lucidité », avance un proche d’Emmanuel Macron qui raconte qu’elle est longtemps restée convaincue que Marine Le Pen ne voterait pas le texte sur l’immigration.

Trois fois ministre aux Transports, à l’Écologie et au Travail, elle avait dédié sa nomination à Matignon en mai 2022 « à toutes les petites filles » : « Allez au bout de vos rêves ». Jamais élue auparavant, elle devient députée du Calvados le mois suivant.

À l’Assemblée, elle laissera des souvenirs contrastés selon la couleur politique. La députée Les Républicains Annie Genevard comprend la frustration d’Elisabeth Borne avec laquelle elle entretenait des rapports cordiaux, mais juge que la cheffe du gouvernement était arrivée au bout du chemin : « Elle a exercé cette fonction avec sérieux, avec détermination. Je veux saluer une femme de qualité. Maintenant, la situation dans laquelle elle se trouvait est très difficile : une majorité relative, une difficulté à faire passer des textes importants. Les difficultés demeurent néanmoins pour son successeur. »

Pour le député Insoumis Hadrien Clouet : « c’est la grande artisane de la liquidation du Parlement par lui-même. Mme Borne, au nom de M. Macron, s’est occupée d’empêcher le Parlement d’examiner les textes, de délibérer, elle s’est soustraite à tout vote de confiance de la part des parlementaires. Bref, elle ne sera pas regrettée par quiconque est attaché aux libertés publiques, au Parlement et à la République. »

À l’extrême opposé, le député du Rassemblement national Laurent Jacobelli, balaie d’un revers de la main : « ce n’est pas un problème de casting, c’est un problème de présidence la République. Au-delà du casting de ce mauvais film qu’est la macronie, il y a le scénario, et le scénario, c’est le président de la République qui l’écrit. Alors on va peut-être changer d’acteur, on va peut-être mettre un jeune premier à la place de Mme Borne, mais au final, les questions que se poseront les Français seront toujours les même : quand est-ce qu’on arrête avec cette immigration massive ? Quand est-ce qu’on ramène la sécurité dans le pays ? Quand est-ce qu’on s’occupe du pouvoir d’achat ? »

M. B.