mardi 16 décembre 2025
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Sous fortes pressions militaire et politique, l’Ukraine négocie aux États-Unis

Des négociations entre la délégation ukrainienne et de hauts responsables américains se sont tenues ce dimanche 30 novembre en Floride, pour discuter du plan américain visant à trouver une issue à la guerre avec la Russie. Les discussions en Floride ont été « productives », mais « il reste encore du travail », a déclaré le secrétaire d’État américain, plus prudent que le président Trump, qui estime qu’il y a de bonnes chances pour un accord. Ces pourparlers intervenaient alors que Kiev est sous fortes pressions militaire et politique, et fait face aux retombées du limogeage du bras droit de Volodymyr Zelensky à la suite d’une vaste enquête anticorruption. 

Donald Trump a estimé ce 30 novembre qu’il y avait « de bonnes chances » pour un accord mettant fin au conflit entre la Russie et l’Ukraine, après des pourparlers entre Washington et Kiev, à l’issue desquels son chef de la diplomatie Marco Rubio est resté bien plus prudent. Marco Rubio, a affirmé que les discussions en Floride ce dimanche avec la délégation ukrainienne avaient été « productives » bien qu’il « rest(ait) encore du travail » dans les négociations pour mettre fin à la guerre avec la Russie. Le chef de la délégation ukrainienne, Roustem Oumerov, a quant à lui salué des négociations « productives et réussies ». Cette réunion devait également permettre de préparer le terrain pour la visite cette semaine de l’envoyé du président américain, Steve Witkoff, à Moscou.

« Je pense que nous avons encore progressé aujourd’hui, mais il reste du travail à accomplir. La situation est délicate et complexe. De nombreux éléments entrent en jeu, et il est évident qu’une autre partie est impliquée et devra être prise en compte. Les discussions se poursuivront plus tard cette semaine, lorsque M. Witkoff se rendra à Moscou. Nous avons également eu des contacts, à différents degrés, avec la partie russe, et nous comprenons assez bien son point de vue. Il reste encore beaucoup à faire, mais la séance d’aujourd’hui a été, une fois de plus, très productive et utile, et je pense que des progrès supplémentaires ont été réalisés », a déclaré Marco Rubio lors d’une conférence de presse.

L’émissaire américain Steve Witkoff se rend en Russie

Steve Witkoff et le gendre deDonald Trump, Jared Kushner, ont, eux aussi, pris part à cette rencontre en Floride. L’émissaire de Donald Trump, Steve Witkoff, va d’ailleurs partir demain lundi pour Moscou, afin de poursuivre les négociations avec la Russie autour du plan américain visant à mettre fin à la guerre en Ukraine. Il devrait rencontrer le président russe Vladimir Poutine le lendemain.

Donald Trump a jugé que le vaste scandale de corruption qui touche actuellement les cercles du pouvoir ukrainien « n’aide pas » les négociations pour mettre fin à la guerre avec la Russie. « L’Ukraine a une petite situation problématique en cours, ce qui n’aide pas », a estimé le président américain à bord d’Air Force One. Il a toutefois estimé dimanche qu’il y avait « de bonnes chances » pour un accord afin de mettre un terme au conflit entre la Russie et l’Ukraine.

Au début de la réunion, Marco Rubio avait souligné qu’« il ne s’agit pas simplement de mettre fin à la guerre (…) Il s’agit d’ouvrir une voie pour permettre à l’Ukraine de rester souveraine, indépendante et prospère ».

« Il ne s’agit donc pas seulement de mettre fin à une guerre, mais de mettre fin à une guerre d’une manière qui crée un mécanisme et une voie à suivre qui leur permettront d’être indépendants et souverains, de ne plus jamais connaître de guerre et de créer une prospérité extraordinaire pour leur peuple. Il ne s’agit pas seulement de reconstruire le pays, mais d’entrer dans une ère de progrès économique extraordinaire. L’Ukraine est un pays qui possède un potentiel économique énorme. L’Ukraine a d’énormes possibilités de prospérité réelle. Évidemment, cela n’est pas possible en pleine guerre, mais mettre fin à la guerre ne suffira pas à atteindre cet objectif. Il ne s’agit donc pas seulement d’accords de paix, mais de créer une voie à suivre qui permette à l’Ukraine d’être souveraine, indépendante et prospère. »

Le chef de la délégation ukrainienne, Roustem Oumerov, avait déclaré de son côté qu’il voulait discuter avec les Américains de la sécurité de l’Ukraine et la reconstruction du pays. Dans un message sur X, il a ajouté que sa délégation avait pour mission de « garantir les intérêts de l’Ukraine », ajoutant qu’elle « rendra compte des discussions au président ukrainien (Volodymyr Zelensky), une fois les réunions d’aujourd’hui terminées ». « Nous travaillons afin de garantir une paix réelle pour l’Ukraine et des garanties de sécurité fiables et durables », a-t-il ajouté.

Volodymyr Zelensky à Paris ce lundi

Les pourparlers dimanche devaient reprendre sur la base d’amendements du plan américain négociés il y a une semaine à Genève entre Américains, Ukrainiens et Européens, a indiqué M. Zelensky. Les États-Unis ont présenté il y a dix jours un projet en 28 points censé mettre fin au conflit déclenché par l’offensive russe contre l’Ukraine en février 2022. Accusé d’être très favorable à Moscou, ce plan a été amendé et doit être finalisé avec l’approbation des belligérants et des Européens, même si Kiev craint de devoir faire d’importantes concessions.

« La partie américaine est constructive et dans les jours à venir, il sera possible de préciser les étapes à suivre pour déterminer comment mettre fin à la guerre dans la dignité », a réaffirmé samedi le président ukrainien. Volodymyr Zelensky est attendu lundi à Paris, où il s’entretiendra dans la matinée avec le président français Emmanuel Macron.

« Les deux dirigeants échangeront sur la situation et sur les conditions d’une paix juste durable, dans la continuité des discussions de Genève et du plan américain et d’une concertation étroite avec nos partenaires européens », a indiqué la présidence française dans un communiqué. « Ils feront également le point sur le travail engagé sur les garanties de sécurité dans le cadre de la coalition des volontaires » qui s’est réunie le 25 novembre.

Affaires de corruption, pression militaire…

Volodymyr Zelensky est fragilisé par les affaires de corruption et par la démission de son bras droit Andriï Iermak. Fragilisé également par la pression militaire accrue de la Russie, alors que l’armée russe progresse dans l’est du pays. Fragilisé enfin par le sentiment que l’administration américaine écoute davantage la Russie que l’Ukraine, les conseillers de Vladimir Poutine que ses propres émissaires.

Dans ce contexte, le président ukrainien a besoin de toute l’aide qu’il peut recevoir de ses alliés européens, et c’est sans doute pour cette raison qu’Emmanuel Macron a choisi de l’accueillir une fois de plus sur le perron de l’Élysée.

Une façon de lui apporter son soutien et de rappeler la position européenne : bien que fragilisé, Volodymyr Zelensky reste l’interlocuteur légitime et incontournable de toute discussion de paix. Message distillé en amont par le chef de la diplomatie française, qui doit lui aussi s’entretenir ce lundi avec le président ukrainien. Dans un entretien publié par la Tribune Dimanche, Jean-Noël Barrot rappelle que le président ukrainien a été élu dans des « élections ouvertes, transparentes et démocratiques, ce qui n’est pas le cas de Vladimir Poutine ».

M. B.