dimanche 5 février 2023
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Une « boîte noire » à bord des nouveaux modèles de voitures

Obligatoire dès le 6 juillet, l’enregistreur de données automobiles ne sera généralisé sur les véhicules neufs que dans deux ans

Enregistreur de données automobiles. L’intitulé retenu par les instances européennes est aussi neutre que possible, mais cet équipement, qui fera son apparition à compter du 6 juillet à bord des nouveaux modèles, est d’ores et déjà désigné sous l’appellation de « boîte noire ». Avec les sous-entendus vaguement inquiétants qui accompagnent immanquablement l’introduction de ce genre de dispositif. Pas de doute, l’enregistreur, qui deviendra obligatoire dans quelques jours, est bien une « boîte noire ». En cas d’accident, il aura pour fonction de sauvegarder certaines données captées trente secondes avant le choc et dix secondes après. Seront mesurés la vitesse, l’ampleur des phases d’accélération et de freinage, la force de la collision, le port ou non de la ceinture de sécurité par les occupants, mais aussi le régime moteur, l’angle d’inclinaison du véhicule ou l’utilisation des clignotants. Le texte, adopté en 2019 par le Parlement européen, précise que ces informations ne seront accessibles qu’aux autorités judiciaires dans le cadre d’une enquête et aux organismes de recherche chargés de dresser des statistiques d’accidentologie. Au 6 juillet, les premiers soumis à l’obligation de disposer d’un enregistreur de données automobiles seront les modèles entièrement nouveaux. Ainsi, pour Peugeot, il s’agira de la prochaine génération du 3008, attendue début 2023. Il faudra attendre début juillet 2024 pour que l’intégralité des voitures neuves soit concernées par cette obligation, dont il n’est pas envisagé qu’elle puisse être élargie aux véhicules d’occasion.

Surcoût limité

Compte tenu de la présence en série de multiples capteurs à bord des voitures modernes, le surcoût devrait être limité. Mais nul doute que les constructeurs, qui augmentent régulièrement leurs tarifs depuis le début de la crise des semi­-conducteurs, ne manqueront pas de le répercuter auprès des consommateurs. Egalement prévue à la date du 6 juillet, la généralisation du freinage automatique d’urgence, du limiteur de vitesse adaptatif (qui gère la vitesse de la voiture en fonction du véhicule qui précède) ou des systèmes de détection de collision en marche arrière et de niveau de vigilance du conducteur va davantage peser sur le prix des voitures neuves. Reste à savoir si le nouvel enregistreur de données automobiles s’en tiendra à sa fonction initiale consistant à « mener des analyses de sécurité routière et évaluer l’efficacité » des dispositifs existants. On ne peut exclure que, tôt ou tard, il intéresse, entre autres, les assureurs. Ceux-­ci proposent déjà aux Etats­-Unis, avec un succès mitigé, une tarification fondée sur le mode de conduite des automobilistes, défini à partir de données stockées par une boîte noire embarquée. La numérisation des données automobiles, qui permet déjà aux constructeurs de recueillir quantité de data – anonymisés – ouvre un gigantesque faisceau d’utilisations. En revanche, une diffusion élargie et affinée de ces informations imposerait que le législateur accepte de l’autoriser explicitement.

Jean-­Michel Normand in Le Monde