vendredi 30 septembre 2022
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USA/Prix de l’essence : Biden critiqué par Bezos Le président a tenté d’apaiser les Américains, furieux de la flambée des tarifs du carburant alors que le baril baisse

Tesla n’a pas de syndicats. En mai, l’entrepreneur l’avait même accusé de ne pas être vraiment aux manettes Elon Musk et Jeff Bezos, les deux hommes les plus riches du monde, font la course à l’espace. Mais depuis quelques mois, ils font aussi le concours du meilleur opposant à Joe Biden. M. Musk, le patron de Tesla est partie avec quelques longueurs d’avance, furieux que le président démocrate ne mentionne pas son entreprise quand il évoquait les véhicules électriques sous prétexte que: « Le vrai président est celui qui contrôle le téléprompteur ». Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, rattrape son retard sur un sujet majeur, l’inflation et le prix de l’essence. Avant le long week ­end du 4 ­Juillet, la fête nationale américaine, Joe Biden a tenté d’apaiser les Américains, furieux que le prix de l’essence atteigne 5 dollars (4,90 euros) le gallon (3,8 litres) : « Mon message aux entreprises qui exploitent des stations-­service et qui fixent les prix à la pompe est simple : nous sommes en temps de guerre et de péril mondial. Réduisez le prix que vous facturez à la pompe pour refléter le coût que vous payez pour le produit. Et faites-­le maintenant. » La réplique de Jeff Bezos a été immédiate : « L’inflation est un problème bien trop important pour que la Maison Blanche continue à faire des déclarations comme celle-­là. Il s’agit soit d’une tentative de diversion, soit d’une profonde incompréhension de la dynamique de base du marché. »

« Des marges pas acceptables »

Les causes de l’inflation sont multiples, mais le débat public se cristallise sur le prix de l’essence. Après avoir accusé Vladimir Poutine d’une envolée des prix qui préexistait à l’invasion de l’Ukraine, Joe Biden met en cause les marges des producteurs de pétrole. « En temps de guerre, les marges bénéficiaires des raffineries, historiquement élevées répercutées directement sur les familles américaines ne sont pas acceptables », a déclaré le président dans une lettre aux compagnies pétrolières, dont ExxonMobil et Chevron, leur enjoignant de « prendre des mesures immédiates pour augmenter l’approvisionnement en essence ». Toutefois, la situation pétrolière peut paraître paradoxale en raison de l’autosuffisance des Etats-­Unis, premier producteur mondial et même exportateur de pétrole. Mais les prix sont fixés par un marché mondial, en pénurie en raison du boycott de la Russie. Des critiques se sont multipliées parce que le prix de l’essence ne baissait pas autant que celui du pétrole. Le baril a atteint au Texas un pic de 130 dollars (127 euros) en mars contre 105 début juillet. Une des clés réside dans les capacités de raffinage insuffisantes, les installations tournant à près de 95 % de leur potentiel. Celles-­ci avaient été réduites lors de la crise due au Covid­19, à la suite de l’effondrement des cours et de la consommation. A l’époque, la consommation d’essence plafonnait avec la hausse de la voiture électrique et la meilleure efficacité énergétique des véhicules. Comme le montre une enquête du Wall Street Journal, Shell a vendu des raffineries dont une n’a pas trouvé preneur en Louisiane. La remettre en marche prendrait des années. Une autre installation dans cet Etat, à Belle Chasse, a été reconvertie en terminal pétrolier par ConocoPhillips, tandis qu’une raffinerie à Sainte-­Croix, aux îles Vierges américaines, est à l’arrêt en raison d’insuffisances notées par l’Agence de protection de l’environnement. De plus, le marché n’est pas cartellisé : il existe 9 000 producteurs de pétrole indépendants, près de 130 entreprises de raffinage, dont les marges ont effectivement augmenté, tandis que les majors du pétrole ne détiennent que 5 % des plus de 130 000 stations-­service du pays. Autre problème, les compagnies renâclent à investir. La dernière décennie a été pour elles catastrophique sur les plans financier et boursier. Aujourd’hui, elles sont incertaines de la rentabilité à venir de leurs investissements d’autant qu’ils sont contestés par les Démocrates au nom de la lutte contre le réchauffement climatique.

« Promouvoir l’investissement »

Exxon, critiqué depuis des années pour avoir persisté à ne travailler que dans le pétrole, a proposé une changement radical de stratégie : « Le gouvernement peut promouvoir l’investissement grâce à une politique claire et cohérente qui soutient le développement des ressources aux Etats­-Unis, comme des ventes de permis de forage régulier et prévisible, ainsi qu’une procédure d’approbation réglementaire simplifiée et un soutien aux infrastructures telles que les pipelines. » Même propos de la part du patron de Chevron, Mike Wirth : « Nous avons besoin de clarté et de cohérence sur les questions politiques allant des concessions et des permis sur les terres fédérales à la capacité d’autoriser et de construire des infrastructures stratégiques. » A son arrivée, Joe Biden avait suspendu les nouveaux permis de forage sur terres fédérales, abandonné le pipeline Keystone XL qui devait relier les plaines pétrolières du Canada au golfe du Mexique.. S’ajoute le fait que les champs de Pennsylvanie sont mal desservis par pipeline. L’administration a cédé partiellement, ayant vendu aux enchères fin juin des permis d’exploitation terrestres et annoncé celles de permis d’exploitation dans le golfe du Mexique et dans le sud de l’Alaska. « Plus de forage sur les terres fédérales, plus de forage, y compris en mer – aucune capacité pour l’industrie pétrolière de continuer à forer – point final », avait pourtant promis le candidat à la présidentielle en mars 2020. A court terme, Biden a libéré des stocks stratégiques de pétrole et autorisé l’utilisation pendant l’été de 15 % d’éthanol dans l’essence au lieu de 10 % – cette limite est habituellement fixée pendant l’été pour éviter la pollution de l’air. Il souhaite une suspension pour trois mois de la taxe fédérale sur les carburants (18,4 centimes le gallon) : « Je comprends parfaitement que l’exonération de la taxe sur l’essence ne résoudra pas le problème à elle seule, mais elle apportera aux familles un soulagement immédiat », a-­t­-il indiqué le 22 juin. Toutefois, Joe Biden ne dispose pas de majorité au Congrès, de nombreux élus démocrates ayant exprimé leurs doutes sur la mesure, accusée pêle­mêle de favoriser l’inflation et de ne pas être répercutée en faveur du consommateur. Les Etats fédérés ponctionnent en moyenne 38 centimes de taxe et certaines sont suspendues ou en voie de l’être partiellement comme à New York, en Georgie ou en Floride.

Arnaud Leparmentier in Le Monde