dimanche 4 décembre 2022
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À Istanbul, Antonio Guterres demande le retour des céréales et engrais russes sur les marchés

Les engrais et produits agricoles russes doivent pouvoir accéder aux marchés mondiaux « sans entrave », au risque d’une crise alimentaire mondiale dès 2023, a affirmé samedi à Istanbul le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres. 

« Il est important que les gouvernements et le secteur privé coopèrent pour les faire parvenir sur le marché », a déclaré Antonio Guteress depuis le Centre de coordination conjointe (CCC), qui supervise l’application de l’accord sur l’exportation des céréales ukrainiennes signé en juillet par Kiev et Moscou sous l’égide de l’ONU et de la Turquie. Cet accord garantit également à la Russie de pouvoir exporter ses produits agricoles et ses engrais malgré les sanctions occidentales.

« Ce que nous voyons ici à Istanbul et à Odessa (le transport des céréales ukrainiennes, NDLR) n’est que la partie la plus visible de la solution. L’autre partie de cet accord global est l’accès sans entrave aux marchés mondiaux des produits alimentaires et des engrais russes, qui ne sont pas soumis aux sanctions », a affirmé le secrétaire général de l’ONU, soulignant qu’en dépit de cela les exportations d’engrais et de produits agricoles russes se heurtaient encore à des « obstacles ».

« Sans engrais en 2022, il n’y aura peut-être pas assez de nourriture en 2023. Faire sortir plus de nourriture et d’engrais d’Ukraine et de Russie est essentiel pour apaiser les marchés […] et faire baisser les prix pour les consommateurs », a-t-il ajouté.

« Intensifier » les exportations de céréales ukrainiennes

Antonio Guterres s’est rendu cette semaine en Ukraine, où il a rencontré jeudi à Lviv (ouest) les présidents ukrainien et turc Volodymyr Zelensky et Recep Tayyip Erdogan, avant de se rendre à Odessa (sud) vendredi. Il s’est rendu plus tôt samedi aux abords du premier navire humanitaire affrété par l’ONU pour transporter des céréales ukrainiennes, sur les rives sud d’Istanbul, en mer de Marmara. Le Brave Commander, qui a pour destination finale Djibouti, avait quitté mardi le port ukrainien de Pivdenny à Youjné avec 23 000 tonnes de blé, avant de franchir le Bosphore mercredi soir.

Le secrétaire général de l’ONU a rencontré les équipes du CCC fraîchement installé à Istanbul. L’équipe en place se compose de ressortissants russes, ukrainiens, turcs et internationaux. Elle est notamment chargée de sécuriser l’acheminement des céréales depuis la mer Noire. Elle doit également inspecter le contenu des navires avant de les laisser passer le Bosphore.

Cette visite est une première depuis la mise en application de l’accord signé le 22 juillet dernier entre la Russie et l’Ukraine, explique notre correspondante à Istanbul, Céline Pierre-Magnani. Avec la participation de l’ONU et de la Turquie, les deux pays avaient finalement trouvé une issue pour permettre l’exportation du blé bloqué dans les ports ukrainiens.

Le secrétaire général de l’ONU a promis jeudi que son organisation allait s’efforcer « d’intensifier » les exportations de céréales ukrainiennes avant l’arrivée de l’hiver, celles-ci étant cruciales pour l’approvisionnement alimentaire de nombreux pays d’Afrique. En vertu de l’accord signé en juillet, 650 000 tonnes de céréales et de produits agricoles ukrainiens ont quitté les ports ukrainiens d’Odessa, Tchornomorsk et Pivdenny depuis le 1er août.

Les navires doivent emprunter un couloir sécurisé pour circuler en mer Noire puis être inspectés par le Centre de coordination conjointe (CCC) avant d’être autorisés à franchir le détroit du Bosphore. Les exportations de céréales d’Ukraine, un des principaux producteurs et exportateurs au monde, ont été bloquées pendant plusieurs mois en raison de l’invasion russe, faisant craindre une crise alimentaire mondiale.

M. B.